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Qui suis-je ?

Cette question m’a longtemps tracassée pendant les traitements. C’est d’ailleurs par cette interrogation que j’ai commencé à écrire mon journal, il y a maintenant 2 ans et demi.

Petit retour en arrière :

2015. Je me marie. Jusque là tout va bien.

À ce moment de ma vie, j’étais quelqu’un pour qui le regard des autres comptait énormément. J’avais souvent l’impression d’être un caméléon qui s’adapte à la personnalité de chacun pour ne pas faire de vague, pour que tout se passe bien, pour que tout le monde se sente bien. Le conflit, je n’aime pas ça. J’arrondis les angles. Trop gentille ou trop faible ? Respectueuse, ça c’est certain.

Je suis professeure des écoles et mes deux petits derniers sont scolarisés dans mon école. Mon grand, lui, est dans le collège à côté. Je me suis mariée avec l’homme de ma vie puisque nous avons déjà vécu 20 ans ensemble. On commence le projet de faire construire une maison, et là, c’est la dégringolade.

Depuis l’adolescence, des cervicalgies chroniques me provoquaient des maux de tête et des tensions musculaires régulièrement. Après des recherches à la clinique antidouleur sur Paris, des traitements médicamenteux lourds sans amélioration, commence une prise en charge en kinésithérapie seulement en 2012 mais maintenant les contractures et maux de tête s’amplifient. Après le mariage, le dos s’y met avec le pincement de deux disques. J’ai peut-être trop dansé pour mon mariage ? Non, arrêtez de rigoler, je me suis donnée à fond. Chéri aussi d’ailleurs. Bref, la kinésithérapie s’élargie au dos.

Les problèmes de genoux que je subissais aussi depuis mon adolescence s’aggravent. Pour l’anecdote, je suis née par les pieds. A cette époque-là, pas de césarienne. Les sages-femmes ont dû me tirer un peu trop dans tous les sens je pense ! Parenthèse refermée, il m’est maintenant impossible de me mettre accroupie et à genoux. Je ne peux pas me baisser en pliant mes genoux entièrement pour préserver mon dos. Donc c’est l’effet boule de neige. Mais je suis trop jeune pour avoir des prothèses aux genoux.

“Le jour où vous les aurez, vous serez contente tellement vous aurez souffert avant,m’annonce le spécialiste.

C’est réjouissant, non ? “En attendant, évitez les escaliers”. Combien de temps vais-je tenir avec des genoux bons à être changés alors que je n’ai même pas 40 ans ? Je suis inquiète pour ma santé et la vision de mon avenir s’assombrit déjà.

La cinquante de marches, rien que pour un aller dans ma classe, deviennent trop pénibles dans les répétitions journalières à l’école mais aussi à la maison puisqu’elle est à ce moment-là sur 4 niveaux (de la cave où j’ai ma machine à laver à notre chambre au deuxième étage en passant par l’étage de vie et celui des chambres des enfants). Première résolution prise depuis longtemps d’ailleurs, on fera construire de plain-pied !

C’est compliqué de me trouver une solution à l’école mais j’ai pris la décision, pour une fois, de penser à moi et ma santé. C’est peut-être facile à dire qu’il faut penser à soi mais les pressions extérieures sont fortes pour souvent vous faire revoir vos priorités. Je reste donc sur ma demande d’avoir moins d’escaliers même si je me doute bien que ça ne sera pas sans conséquences. Il était important que je pense à moi. Je n’ai jamais été sûre de moi comme ça, qu’elles qu’en soient les conséquences. Était-ce la tumeur latente qui influençait déjà ma manière d’agir ? En tout cas, elle se manifestait déjà autrement puisque le stress me faisait mal à l’estomac, au sternum. Enfin c’est ce que j’imaginais. C’était en réalité au niveau du thymus. J’y reviendrai plus tard.

Là, s’installent la dépression et le sentiment d’être rejetée. Même si je suis sûre de ma démarche, il faut assumer les conséquences, le désaccord des autres et leur mal-être. Et ça c’est douloureux. J’ai toujours évité de provoquer de situations blessantes pour les autres. Je me sens tellement mal  que je sens mon corps me lâcher. J’imagine un ulcère ou une crise cardiaque prochaine. J’ai des vertiges. C’est sûr, il va m’arriver quelque chose, j’en ai le pressentiment. Je guette l’évanouissement dans la cour qui me rendrait service pour que toutes ces angoisses physiques et émotionnelles disparaissent. Mais rien !

Par contre, je ne laisserai pas tomber. Je ne m’arrêterai pas.

Mon mal de vivre intérieur est énorme. Je dors très peu et jamais sans la télé qui couvre mes pensées. 

Une grande fatigue s’installe ainsi que des désagréments qui s’avéreront être plus que ça…

Des bosses inexpliquées apparaissent sur mes tibias ainsi que des démangeaisons le soir. L’effet du stress ?

Arrivent les vacances d’été mais cette fatigue grandit. Je me traîne, je dors deux heures tous les après-midis même sur notre lieu de vacances. Je suis irritable, je pleurs pour un rien. Tout est fatiguant, tout m’essouffle. 

Le verdict du cancer tombera en septembre 2016.

Vous avez eu un choc émotionnel” me demanda-t-on ? Ça explique le cancer ? Je ne pense pas. Ça explique la localisation dans la cage du cœur ? Dans le médiastin exactement… Je ne pourrais pas vous donner la réponse malheureusement.

Mais pour répondre à ma question de départ :

Je m’appelle Audrey. J’ai un cancer. C’est moi… avec un cancer.

J’ai un cancer. Ça me définit ? A ce moment, pas de doute, oui.