Archives de catégorie : 3.4 Le temps s’arrête : Pour le meilleur et pour le pire

pour le meilleur et pour le pire

Jour 8 : août 2016

 

Le week-end d’attente est finalement passé.

Le chirurgien cardio-thoracique me reçoit avec une introduction très personnelle qui me donne l’impression d’être à une réunion d’anciens élèves :

Le chirurgien cardio-thoracique : “Bonjour… Ah, Vous avez 38 ans ?! Moi aussi !”

Et alors ? Ça doit me rassurer ? Mais c’est tout le contraire ! Ou alors il se met à ma place et il se dit qu’il a de la chance de ne pas être à ma place ? Très bizarre. Pas du tout sérieux en tout cas.

Moi : “Qu’est-ce que j’ai alors ?”

Le chirurgien cardio-thoracique : C’est peut-être une maladie du sang… ou une maladie des muscles qui risque d’attaquer les yeux”.

Le chirurgien cardio-thoracique : Tout ce que je peux vous dire c’est que, quoi que ça soit, vous aurez certainement un traitement par médicaments assez lourds… par chimiothérapie et/ou radiothérapie.

Moi : “Ah oui, quand même ! “

Je suis déboussolée. Je ne réalise pas. J’écoute pour l’instant et j’encaisse.

Le chirurgien cardio-thoracique : “De toute façon, c’est la biopsie qui nous dira. Vous avez bien compris ? “

Si j’ai bien compris ? … J’ai entendu, ça c’est sûr, oui.

La biopsie se fera une semaine après, me dit-il. Je me retrouve toute seule dans le couloir le temps que les secrétaires enregistrent mon dossier et la date de la biopsie. Je me répète les grandes lignes. “Chimiothérapie”, “radiothérapie”, “maladie du sang”, “maladie des muscles”, “atteinte des yeux”. Je suis adossée au mur. Heureusement. Je suis comme dans un monde parallèle, abasourdie. Je ne comprends pas vraiment pourquoi je dois avoir de la chimiothérapie. C’est une “maladie” ? Pas un cancer ? J’envoie quelques messages écrits par téléphone. Je n’éprouve pas d’émotions particulières pour l’instant. Rien n’a l’air réel. 

Je vais être de nouveau dans l’attente pendant une semaine.

Mais maintenant, j’ai la réponse à ma question professionnelle : je ne fais pas la pré-rentrée, ni la rentrée.

Je me retrouve dans ma voiture. Heureusement, cette fois, mon mari n’est pas loin. Il quitte de son travail et il vient me rejoindre dans la voiture. Cette fois, les émotions arrivent à grands flots… Je m’effondre. J’arrive à lui raconter  ce que viens de me dire le chirurgien et je réalise que le nuage sur lequel j’étais depuis notre mariage, un an auparavant a laissé la place à autre chose. On a eu tout le meilleur avant (notre vie de couple puis les enfants) et le jour du mariage. 

On y est. Là, c’est pour le pire

“du meilleur et pour le pire”,

“dans la santé comme la maladie”.

On prend la mesure des choses tous les deux.

Rien ne pourra effacer ce que l’on a vécu et rien ne nous éloignera.

On repart chez nous, à une demi-heure de route, chacun dans notre véhicule… Je le suis… La route est longue. Je passe tout le chemin à pleurer. C’est à peine si je vois la route tellement mes yeux se remplissent de larmes.

Il va falloir commencer à expliquer la situation aux enfants… Pour l’instant, il ne s’agit que d’une opération pour savoir ce que j’ai mais de leur dire rend la situation encore plus réelle et douloureuse. Mais je serai forte pour eux.