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Je suis un cas.

Jour 3 : août 2016

Je me rends à l’hôpital toute seule car à la dernière minute, il faut bien que quelqu’un s’occupe de mes enfants. L’infirmière m’installe dans une chambre et me donne de quoi m’occuper : une liasse de papiers administratifs à remplir.

Une journée à l’hôpital, c’est voir s’enchaîner les visites d’internes, d’étudiants et d’infirmières mais aussi et surtout, c’est devoir répéter à chaque fois ce qui m’amène ici et mes antécédents médicaux.

J’ouvre à peine mon manuel d’histoire du coup. Tant pis, mais ça m’aurait changé un peu les idées.

Le jour où JE SUIS devenue “un cas” !

Quelques heures plus tard, une infirmière me fait une annonce qui me marquera toujours :

L’infirmière : “Le pneumologue a étudié votre “cas” à partir de votre dossier. Lui ne pourra rien faire pour vous car il ne pourra pas intervenir par les voies aériennes“.

“Finalement, c’est le chirurgien cardio-thoracique qui vous verra pour étudier la masse.”

Un simple dossier. Même plus besoin de rencontrer la personne.

Je suis un peu déroutée. L’annonce de la prise un charge par un chirurgien cardio-thoracique ne me rassure pas non plus, au contraire. Les questions affluent dans ma tête sans qu’aucune ne puisse sortir de vive voix aux infirmières. Je vais donc passer par de la chirurgie ? Thoracique ? On va m’ouvrir le thorax ? Comme dans les films ? C’est l’angoisse…

Je m’attarde alors sur ma radio. Car jusqu’à présent, oui je l’avais regardée mais sans rien y voir de particulier. Lorsqu’on ne travaille pas dans le monde médical, il est difficile d’interpréter une radio. Pourtant, le jour où je vais essayer de comparer un thorax sain au mien, je vais comprendre. Et forcément, il est difficilement imaginable qu’on puisse atteindre la tumeur par voix aériennes.

Je vous laisse comparer :

un thorax sain : 

Le mien, avec la tumeur :

dav

 

Parenthèse médicale fermée, me voici prise de maux de tête insupportables (ce n’est pas étonnant avec tout ce stress et des séances de kiné en moins pour mes cervicales), l’hôpital ne peut pas me délivrer les seuls médicaments qui me soulageraient. Quelle ironie ! La seule solution serait que, moi, je me rendre à la pharmacie. Je demande donc l’autorisation d’aller passer la nuit chez ma tante et mon oncle qui habitent la ville. Autorisation accordée par l’interne à condition que je revienne à 9h. Entendu. J’arriverai même un peu avant.

Petit réconfort donc auprès de mes proches et la prise de mes médicaments ainsi qu’une poche de glace sur le front me soulagent un peu. Elle me permet toujours de diminuer la pression sanguine qui tambourine et au passage, ça m’aide à m’endormir. Par contre, ce soir-là, l’endormissement est difficile. Je ne pense qu’à mon thorax qu’on risque d’ouvrir et à ce qui risque de s’y trouver.

Jour 4 : août 2016

De retour à l’hôpital, je me présente à la responsable de service.

Deuxième bévue du dépistage :

La responsable de service : C’est dommage, le chirurgien cardio-thoracique vient de passer ! L’interne n’aurait pas dû vous autoriser à sortir. Il faudra attendre lundi pour avoir une consultation à son cabinet. “

Nous sommes vendredi matin. Elle se moque de moi ? C’est une blague ? Je suis atterrée. Il faut que j’attende encore trois jours pour savoir ? Je m’effondre dans le service… mais ça ne changera rien. Merci à l’interne qui a cru bien faire sans en avoir l’autorisation ! Je dois laisser passer le weekend.

dav

Encore cette attente insoutenable, le stress d’être trimbalée, d’être un “dossier”. Et ma pré-rentrée ? Je continue de la préparer ou je demande à me faire remplacer ? Mais personne ne me répond.

Pour m’occuper, je passe à l’école et je me confie à ma directrice. Je m’en souviens comme si c’était hier. Ça m’aura permis de mettre un peu de distance avec une éventuelle opération à la recherche d’une maladie.

“Ce n’est peut-être rien.”

Je croise les doigts. On part sur cette idée. Ce n’est qu’un mauvais cauchemar. Toutes les tumeurs ne sont pas cancéreuses…