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“Ça va ?”

Dans la vie de tous les jours, par politesse et sympathie, nous demandons aux gens si ça va.

Mais cette question, je ne l’ai jamais autant détestée que pendant les traitements ! Je n’en veux à personne car il est toujours difficile de trouver les bons mots dans n’importe quelle situation difficile. Mais c’était très difficile de l’entendre et d’y répondre.

Par automatisme au début, sans réfléchir, je réponds “oui”. Alors que j’avais juste envie d’hurler :

“NON !!!!! ça ne va pas ! Je me suis faite charcutée deux fois en même pas un mois de temps, j’ai eu de la chimio et ses effets secondaires, j’ai grelotté de froid sous ce casque réfrigérant, j’ai pleuré continuellement pendant ces moments de froid intenses aux 6èmes et 7èmes jours après chaque chimio, je n’ai pas pu m’occuper de mes enfants, j’ai eu des rayons qui m’ont fortement irritée le thorax, j’ai étouffé sous ce masque atroce.

J’ai eu peur, j’ai été tellement fatiguée, fatiguée physiquement, moralement…j’ai dû prendre en charge mes rendez-vous médicaux, mon suivi, récupérer mon dossier entre les différents hôpitaux, j’ai tout le temps mal dans la cage thoracique et dans le dos.

Vous croyez que ça va quand on entend son fils de 9 ans demander tous les mois :

“Maman, tu ne vas pas mourir hein ?”

Je voulais que tout s’arrête… pourquoi moi ?

Alors NON ! ça ne va pas.”

Mais au lieu de ça, je dis que ça va. Au fur et à mesure, j’arrive à répondre qu’aujourd’hui, ça va, que si je suis venue à l’école, c’est que là, ça va”. Aux plus à l’écoute, je donne un peu de détails quand le “ça va” est suivi de questions attentionnées, sincères.

A quoi ça servirait de dire tout ça ? De crier sur les gens ? A leur faire peur, à m’effondrer devant eux. attentionnées. Et après ? Ils se sentiraient coupables et n’oseraient plus me parler. A quoi bon ? Mais au fond de moi, ce cri m’étouffe.

Après tout, si je suis allée chercher les enfants, c’est que ça allait un minimum. J’ai pu conduire, marcher un peu jusqu’à l’école. Mais c’est comme une parenthèse pour faire bonne figure. Je souris, je suis contente de voir mes collègues. Je leur demande aussi des nouvelles. Mais une fois de retour dans la voiture, le masque retombe, les enfants chahutent. On arrive à la maison et je retourne me coucher parce que rien que cette sortie est éprouvante, physiquement et psychologiquement.

Alors je m’adresse à vous, proches de malades, au lieu d’un “ça va ? habituel “, pourquoi ne pas essayer un “Où en es-tu ?”, “Comment te sens-tu aujourd’hui ? “.

Cet article a été le premier que j’ai commencé à écrire pendant les traitements. J’avais sauté la partie purement médicale des traitements. Je n’y étais pas prête. Je m’y suis mise, au mois 9, deux mois après la fin des rayons.

Je n’ai pas crié, j’ai écrit. C’était nécessaire.