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projet Remise en forme – chapitre 3 : la marche jusqu’au bout du monde

Après notre emménagement dans notre maison fraîchement construite début septembre 2017, mon projet de remise en forme a été stoppé net avec mon trauma thoracique

Ce n’est qu’en janvier 2018, 10 mois après les rayons et 4 mois après mon accident, que j’ai enfin pu songer à reprendre mon corps en main. 

J’ai toujours en souvenir une sortie juste après mes traitements au cours de laquelle, me sentant bien, j’ai accéléré ma marche. Attention, lorsque j’allais marcher à cette époque-là, c’était juste pour m’aérer et mettre un pied devant l’autre dans les rues de mon quartier. Cela ne durait même pas une demi-heure pour ne faire qu’un kilomètre. Donc ce jour-là, il faisait un beau soleil même s’il faisait frais, je me suis sentie pousser des ailes. Une petite rue qui monte, j’arrive à forcer un peu sur mes jambes. Et comme une renaissance, j’ai senti mes cuisses, comme si je les redécouvrais, comme si je les sentais pour la première fois. 
Je me suis sentie vivante et fière de moi. C’était le début de ma rééducation physique avec les encouragements de ma première kiné. Jusqu’à mon accident, je faisais des marches de reprise de sensations physiques et surtout pour apprécier de prendre l’air et prendre goût aux sorties extérieures.

Donc me revoici au même point presque un an après à cause de cet accident. 

C’est parti.

Janvier 2018

Distance : 2 km / Temps : 30 minutes.

Mon thorax me fait toujours souffrir et m’empêche de respirer à fond. Je suis essoufflée dès les premières minutes. Lorsque je rentre, ma tête tambourine. Pour pouvoir ressortir les prochaines fois, il faut que je prévois de ne rien faire l’après-midi car ces sorties m’obligent à prendre des cachets et me coucher pour  tout d’abord me reposer car j’y dépense toute mon énergie mais surtout pour stopper mes migraines et mes cervicalgies. Mais je continue quand même car inspirer l’air frais de l’hiver me fait un bien fou. C’est d’ailleurs ce qui m’avait fait me sentir en vie en novembre. Vous vous souvenez ? Sous ma douche avec “Lost on you”. Mais à ce moment là, le trauma thoracique était encore récent et mes marches n’étaient qu’occasionnelles. Maintenant, en ce début d’une nouvelle année, je note mes sorties et je me motive pour les allonger. 

Février 2018

Distance : 4 km / Temps : 1 heure

J’ai réussi à augmenter la distance malgré la fatigue et un thorax douloureux. Mais je me sens tellement bien. L’air m’emplit d’une force invisible. Je vais à partir de ce moment-là essayer d’accélérer.

Mars 2018

Distance : 5 km / Temps : 50 minutes

Accélération réussie ! Tellement fière ! Pour m’aider encore un peu dans ma rééducation physique, j’essaie quelques cours de stretching. Malheureusement, c’est trop compliqué pour mes genoux. Beaucoup de mouvements provoquent de grosses douleurs la nuit qui suit. Donc je continue simplement mes marches en n’oubliant pas les étirements avant et après l’effort.

Avril, mai, juin 2018

Distance : 6 km / Temps : 1h

Je maintiens ! L’objectif : notre projet voyage – exploration en Indonésie ! Ce projet me donne des ailes et me permet d’augmenter le nombre de marches dans la semaine.

Se sentir plus forte que le cancer.

Voici ce qui me motive. J’ai parfois la rage. La colère, parfois les larmes se libèrent. Quand j’accélère, je lui crie à ce crabe qui avait insidieusement pris procession de mon thorax, que c’est moi qui vais gagner et qu’il ne reviendra pas. Je marche devant, je le distance. Il restera derrière ! C’est un ordre !

Je sais que l’activité physique améliore les chances de diminuer les récidives et qu’elle me permettra de mieux gérer la reprise du travail qui approche. Je l’espère pour septembre. C’est mon deuxième objectif.

Juin 2018

Distance : 1 717m de dénivelé / 1h15

Voici  mon exploit ! J’ai gagné mon défi ! Même avant mon cancer, je n’aurai jamais osé le faire à cause de mes genoux.

Réveil à 0h30, 1h de route, petit déjeuner à 3h du matin, encore un peu de voiture et départ du treck à 4h pour gravir le volcan de mon île. Malgré la nuit, nous sommes en t-shirt, avec gilet et imperméable autour de la taille pour l’arrivée.

Ce fut très difficile, je ne vous le cache pas. Avancer dans le noir, juste avec une petite lampe de poche, l’un derrière l’autre, à une vitesse qui n’est pas celle d’une simple promenade sur un chemin qui monte sans arrêt avec des pauses toutes les 20 minutes pour avaler une gorgée d’eau et on repart. Au bout de 40 minutes, je suis terriblement essoufflée. Mon thorax est compressé, ma gorge se sert, je cherche mon souffle. Il m’est tellement difficile de respirer que je suis incapable de retenir les larmes qui coulent. Je ne lâche pas… Mes genoux chauffent et me font mal. Tant pis… C’est mon défi. Ce n’est pas du quotidien qui va se répéter. J’ai besoin de me tester, de me mettre à l’épreuve, de conjurer le sort.

Des moto-cross montent des voyageurs fatigués ou qui n’ont pas le courage. Mais il est hors de question que je capitule !!! Je n’abandonnerai pas. J’ai vécu pire ! Les souvenirs des chirurgies et actes barbares, la descente aux enfers lors des chimios et leurs effets secondaires, le stress des rayons, ma chute traumatique sur mon thorax refont surface mais me donnent la force de continuer à me battre. Je les ai vécus, je les ai dépassés, je peux gravir ce volcan, cette force de la nature. Moi aussi je veux en être une. 

Après les chemins qui montent, les chemins qui grimpent et les rochers à gravir, je regarde en haut… Le sommet est encore loin et c’est de plus en plus raide. Mon mari me pousse… me tire…. Le guide me tend la main pour franchir les rochers… Mais j’y arriverai !

5h15, le refuge est là ! J’ai réussi ! On se couvre car il fait froid… très froid. Un deuxième petit-déjeuner va nous redonner des forces. On s’assoit pour attendre le lever de soleil sur le mont d’en fasse. La fatigue et la douleur ont laissé place à l’apaisement, le bonheur d’être juste là… parmi les nuages, la brume et le calme de l’altitude. Une pause temporelle… une page se tourne. 

Le levé du soleil même à moitié est un moment magique. Un nouveau jour commence remplit de fierté et de sérénité. Nous prenons le temps de découvrir le cratère, les fumerolles et les traces laissées par les deux précédentes irruptions.

Maintenant il faut redescendre. Mes genoux vont encore subir une épreuve mais elle sera plus rapide et des sources chaudes nous attendent à 8h ! Tous les muscles de mes cuisses, mes mollets tremblent avec l’attraction de la pente, mes genoux chauffent mais j’avance et continuant d’apprécier le paysage et cette aventure nocturne

Les sources chaudes : Quel bonheur !

Un bon repas nous attend ensuite avec la vue sur notre exploit nocturne. Notre journée s’achève à 14h dans notre chambre d’hôtel avec un bon repos mérité.

Je suis repartie de ce lieu avec un défi gagnant, une bataille contre un corps qui m’avait lâchée, des souvenirs plein les yeux et un espoir pour d’autres projets.