Archives de catégorie : MON HISTOIRE

“Vous avez une masse.”

Jour 2 : août 2016

“Ça ira, c’est juste un ganglion”, ai-je dit à mon père qui me proposait de m’accompagner au scanner. J’essayais de le rassurer et moi avec. Je pensais pouvoir gérer toute seule et puis j’étais très loin d’imaginer tout ce qui allait suivre.

10 heures. Le lendemain de la radio des poumons, me voici devant l’entrée du scanner, donc encore un rendez-vous toute seule. Grosse erreur !

Malheureusement, le souvenir de ce scanner de diagnostique restera ancré dans ma mémoire et il sera ravivé à chaque scanner de contrôle.

Passé l’examen, l’attente dans la salle d’attente est la pire. Les patients sont appelés les uns après les autres pour récupérer leur examen. On m’appelle dans une petite salle à part. Une femme radiologue me reçoit. Elle me confirme qu’il y a bien une masse entre les poumons, dans la cage du cœur et que seule une biopsie pourra dire ce que c’est. 

Au début du diagnostique, aucun mot n’est dit.

Pourtant, la phrase de conclusion du scanner de deux lignes, comprend le mot “tumorale” : 

“Adénopathies médiastinales antéro-supérieures, associées à une masse plus volumineuse, tissulaire, tumorale, occupant la loge thymique et le médiastin antéro-médian.”

Je ne comprends que trois choses :

“masse plus volumineuse”, “tissulaire”, et “tumorale”.

La radiologue : “C’est une masse, oui, mais ça ne veut pas dire que ça soit dangereux et “tumorale” ça veut dire que c’est une masse, un ganglion qui a grandi”.

Je ne comprends pas vraiment et elle me renvoie vers mon médecin.

Je sors de l’établissement et je me retrouve dans ma voiture. Je suis sous le choc. J’appelle mon médecin, tremblante. Elle me donne un rendez-vous trente minutes après. L’angoisse continue, plus grande.

Pour m’occuper l’esprit, je vais faire une course. Ma petite nièce va naître dans quelques mois et j’avais repérer une petite veilleuse qu’avaient mes enfants. J’appelle mon frère et j’en profite pour lui parler de mon scanner. Il me soutient le moral et attend de mes nouvelles. J’appelle aussi mon mari bien sûr et mes parents. Il est difficile de trouver les mots pour les rassurer à ce moment-là. Je cherche aussi à être rassurée d’ailleurs. Je leur lis les trois lignes du compte-rendu. Chacun attend maintenant et je comprends que c’est toute ma famille qui entre maintenant dans l’angoisse.

Arrivée chez le médecin, je me répète ces mots en boucle : “masse”… “tumorale”… Une tumeur, quoi, non !?

Mais personne n’appelle ça comme ça. Ni au scanner, ni mon médecin d’ailleurs.

“Cancéreuse” ? On ne peut pas dire non plus, il va falloir faire une biopsie.

Et là, tout s’accélère…

Le médecin : “Je vous fais hospitaliser demain au service de médecine interne pour savoir ce que vous avez. Ils y diagnostiquent les infections, les maladies qui ne se diagnostiquent pas facilement.”

Demain ?! C’est la stupeur. C’est que c’est urgent alors. Je me sens oppressée.

D’un côté, on cherche ce que j’ai, ça me rassure. Je vais être entourée de médecins et quand je ressortirai, on pourra me soigner j’imagine.

D’un autre côté, la réalité me rattrape. La pré-rentrée est dans une semaine et je demande forcément si je vais pouvoir la faire ? On ne me dit pas. J’ai encore des préparations à faire. Je ne réalise pas vraiment, la pré-rentrée approche avec un changement de salle de classe que j’ai dû gérer et des préparations de classe tout au long de l’été ! Je me souviens même avoir préparé mes manuels d’histoire pour l’hôpital. Et mes enfants ? Qui les garde ?

Ce ne sera que beaucoup plus tard que je regarderai les images du scanner en détails et que je prendrai la mesure des choses : 

Les adénopathies supra et pré-trachéales mesurent de 15 à 22 mm, et elles sont associées à une masse qui mesure 42 x 53 x 69 cm de haut.

Mais comment  trouvent-t-elles la place pour être là sans que je ne les aie senties ? 

Concrètement, pour faire un peu plus clair, j’ai, entre les deux poumons, plusieurs calots (vous savez, les grosses billes) plus une balle de tennis un peu difforme sous le sternum !

Pour l’instant, je reste sur le questionnement de ce que j’ai. Une infection ? une masse qui grossit ? une maladie du sang …

A suivre : le jour où je suis devenue “un cas”…

Mes symptômes

Jour 1 : août 2016

Sans le savoir, je suis au jour 1 de ma prise en charge du cancer.

Me voici chez mon médecin traitant sur les conseils de ma kinésithérapeute (merci !!!) pour ma troisième bosse inexpliquée sur le tibia.

Pour être plus précise, c’est la remplaçante mais j’ai l’habitude de la voir en alternance de mon médecin traitant car elle assure plusieurs jours dans la semaine et des vacances. 

Je ne me souviens pas de m’être particulièrement cognée. Mais franchement, le nombre de fois où l’on se cogne les jambes à un coin de table, on n’y fait pas vraiment attention !

Donc on fait un petit bilan.

Je lui explique que je suis toujours fatiguée alors que je suis presque à la fin des vacances et que j’ai toujours mes démangeaisons sur la face interne des cuisses et sur le ventre. Elles me conduisent à me gratter presque à sang, surtout le soir et après une douche, chaude, bien sûr.

Une entorse à la cheville déclarée fin juin ne se soigne pas correctement.

Les “bosses” sur les tibias ne sont pas dues à une inflammation, vues les localisations différentes. Et il y en a trois maintenant. Elles sont légèrement vertes et violettes et un peu douloureuses.

Pour moi, ce ne sont que de petits “bobos”, des riens du tout. Jamais j’aurai cru qu’ils étaient le signe d’un cancer.

Je continue de questionner mon médecin mais là, je la vois changer d’expression. Elle reste interrogative. Elle réfléchit et son visage devient beaucoup plus grave. Des silences se font. Elle m’inquiète…

Elle commence par me dire qu’on va faire des prises de sang pour voir s’il y n’aurait pas trace d’une infection. Mais aucune anomalie sur ce plan. Les “bosses” s’appellent des “érythèmes noueux”. J’apprends un nouveau mot, c’est bien. Ils seraient engendrés par des ganglions au niveau du thorax qu’on ne peut pas sentir à la palpation, donc elle m’annonce qu’il faut faire une radio des poumons.

Je suis très étonnée et là ça commence un peu à m’inquiéter.

J’y vais toute seule l’après-midi même, je suis grande. De toute façon, à chaque fois que j’ai le droit à une radio, c’est pour me dire qu’il n’y a rien.

Tout se passe comme à l’ordinaire pendant l’examen jusqu’au moment de récupérer ma carte vitale et la radio.

Première maladresse du dépistage :

La secrétaire, sûre d’elle, m’appelle. Je m’attends à ce qu’elle me donne mes papiers et me dise au revoir. Et bien non !

La secrétaire du radiologue : “Quand programme-t-on le scanner ?”

Moi : Pardon ? Pourquoi ? Je suis comme paralysée. L’angoisse m’envahit.

La secrétaire du radiologue : “A mince, vous n’avez pas vu le médecin ?”

Je me décompose. Le radiologue m’interpelle.

Le radiologue :“oui, il y a bien des ganglions un peu volumineux, il faut qu’on en sache plus. Vous pouvez venir faire le scanner demain ?” Pas un mot de plus. Il est très sérieux et gêné à la fois.

Moi : Ah oui, déjà demain ? Oui.

Le radiologue : À demain dix heures alors.