Défi piano pendant la radiothérapie

Sur la check-list de mes envies, figure celle de me remettre au piano. 

Au décès de ma grand-mère lorsque j’avais 9 ans, mes parents ont récupéré son piano. Un très beau piano ancien, noir, en bois, qui lui servait plus de décoration qu’autre chose mais pour nous, il avait une valeur sentimentale. 

A l’adolescence, je m’y suis mise en autodidacte avec un peu de conseils de ma meilleure amie qui elle prenait des cours. Mon premier morceau était “La lettre à Elise” de Beethoven, viendra ensuite “Le sud” de Nino Ferrer (mais uniquement de la main droite, faut pas rêver !). 

Jouer sur ce piano me permet d’être un peu avec ma grand-mère que j’aimais tant. Mais l’adolescence passe vite, j’ai d’autres occupations, comme celle d’être avec celui qui est devenu mari et je pars faire mes études. 

Vingt après, juste avant mon cancer, ma mère me confie le piano car elle déménage pour refaire sa vie, pas trop loin de moi quand même ! Mais “le crabe” (le “cancer”, pour les novices) arrive vite et l’envie, le besoin me revient. Je fais un devis pour le faire réparer mais il est trop ancien. 

Pendant le temps mort qui sépare les chimios et les rayons, je m’y mets quand même en commençant bien entendu par quelques bases mais je m’ennuie vite et je reprends mon premier morceau “La lettre à Elise”. Il y a des touches qui grincent, qui déraillent, qui ne fonctionnent pas bien, qui sonnent faux mais ce n’est pas grave. “Elle” me donne des forces, une motivation, une occupation. Je ne suis plus seule à la maison. Le souvenir de ma grand-mère m’accompagne, elle qui est partie à cause d’un cancer. 

Un très bon exercice de remise en forme

Cet exercice me permet aussi de faire travailler ma mémoire et me réconforte : je suis capable de quelque chose ! C’est difficile mais je ne laisse pas tomber. J’y passe des heures entières pour que ça rentre et c’est efficace. Il me permet aussi et surtout de m’échapper de mes pensées morbides, de m’occuper l’esprit tellement la concentration est sollicitée. 

Je découvre rapidement que jouer du piano, c’est aussi un exercice physique ! Ça tombe bien, mes muscles s’étaient un peu ramollis.  Mon poignet droit se raidit, mes cervicales aussi ! Heureusement que ma kiné est là mais mon corps va s’y habituer !

J’ai trouvé une activité plaisir, intellectuelle et physique à la fois ! Que demander de mieux en convalescence ?

Mes voisins doivent en avoir marre de m’entendre donc j’essaie d’en jouer seulement la journée mais je n’arrêterai pas pour autant.

Mon piano va rythmer mes journées pendant la radiothérapie. Ce seront les deux activités principales de mes journées d’ailleurs. Piano, transport avec mon ambulancier, un petit tir de rayons et puis s’en vont pour que je me remette au piano. Un peu de cartons pour le déménagement aussi et de prévision de décoration pour la maison en construction m’aideront aussi à m’occuper.

Après la “Lettre à Elise“, il y a eu “Everything I do” de Bryan Adams pour faire plaisir à mon mari (mais juste le début, ce n’est pas que je n’aime pas ce morceau au contraire mais un peu trop difficile pour l’instant) et puis, “Rivers flows in you” de Yiruma, morceau que nous avions passé au début de notre cérémonie de mariage, qui sera mon premier morceau en entier et que je joue encore aujourd’hui, deux ans après.

Il me faut à peu près un mois pour apprendre une partition en entier en y passant plusieurs heures par jour.

L’inconvénient de ne pas avoir pris de cours, c’est qu’une fois que j’ai mémorisé la partition, je la joue de mémoire car je ne suis pas assez à l’aise pour jouer à bon tempo en déchiffrant les notes, sauf partitions plus simples avec une main gauche allégée.

Mes mains jouent sans ma tête. 

C’est incroyable la mémoire des automatismes ! C’est magique et là, j’apprécie vraiment de jouer car je peux vraiment écouter ce que je joue. Mais la mémoire s’entretient et si je ne joue plus une partition pendant un certain temps, il faut que je m’y remette depuis le début. 

Mes enfants prennent aussi du plaisir à découvrir les notes et jouer de petits morceaux. Que du bonheur ! On se dispute presque la place pour jouer. 

Un cadeau inestimable qui occupera à son tour une place sentimentale dans mon cœur.

Voyant que jouer du piano me tenait vraiment à cœur et me permettait de m’évader de mon quotidien du cancer, une fois emménagés dans notre maison, ma mère m’offrira un piano numérique pour que je puisse jouer correctement et quand bon me semble avec un casque. Merci maman, de tout mon cœur ! 

Mon vieux piano sentimental désaccordé et fatigué est donc parti pour laisser place à un piano neuf chargé d’une sentimentalité nouvelle. Le piano de ma grand-mère est quand même resté dans la famille car je l’ai confié à mon oncle. J’ai fait un heureux et ma grand-mère reste dans mon cœur avec cette fierté d’être parvenue à jouer du piano, peut-être grâce à elle et ma mère, y prend à son tour une jolie place.

Voici donc mon premier morceau en entier, achevé au bout d’un mois d’apprentissage, je peux le dire quand même, enregistré sept mois après sur mon nouveau piano, que je vous livre sans prétention car j’ai encore des progrès à faire.

Ce morceau est pour moi le témoin que malgré les effets secondaires des traitements, des exploits sont possibles !

“Rivers flows in you” de Yiruma, joué par moi … 

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