Mon lotus à moi

Projet suivant : mon tatouage

1 an de rémission

avril 2018

J’avance dans la 2ème partie de ma vie… la quarantaine commence avec une nouvelle partie de vie, sans oublier la première qui sera ma force et l’espoir de continuer et de profiter de la vie.

Mon cadeau pour mes 40 ans sera mon tatouage.

Le tatouage est pour moi maintenant synonyme de métamorphose, c’est une sorte de nouveau corps. Il représente la manière dont je suis sortie du cancer. 

Le tatouage va me permettre d’avancer, c’est l’image de ce qui refleurit dans la cicatrice après la tumeur, la floraison, l’épanouissement.

Le tatouage représente pour moi une renaissance, la force émanée du cancer, la féminité, la beauté.

J’ai besoin de challenges, d’objectifs, de créativité au même titre que jouer du piano, me remettre au dessin (toujours pas fait), faire la décoration de la maison).

J’ai besoin de partage, de reconnaissance derrière ces objectifs.

Je n’ai plus besoin de parler du cancer à chaque fois. J’ai mis un pied en avant, l’autre va suivre.

Pourquoi l’idée d’un tatouage ?

Rappelez-vous… Suite à la biopsie, je garde un creux au dessus de la poitrine, à hauteur du thymus, au-dessus de la tumeur, incluant ma cicatrice. Ce creux, causé par le retrait de la couche graisseuse quand le chirurgien m’a opérée lors de la biopsie, situe la tumeur, je le vois, je le ressens car il me fait mal et il se voit encore plus de profil. Il me rappelle la chirurgie, la tumeur.

Après avoir écouter les avis autour de moi, je suis allée consulter un chirurgien plastique. Ma demande était simple, combler le trou.

Je rencontre deux chirurgiens avec ma mère. Le premier me dit que l’opération n’est pas prise en charge par sécurité sociale malgré que c’est bien une suite opératoire. Au final, il ne veut rien tester sur moi. Pour lui, l’intervention n’a que très peu de chance de réussir. Trois solutions ont été envisagées. La plus barbare est de  couper ce qui dépasse du creux pour rapprocher le tout. Sincèrement, rien que d’y penser, c’est une vraie barbarie et je n’en vois pas l’intérêt.

Déçue quand même, je prends un rendez-vous avec un chirurgien plus renommé. Mais j’ai déjà en tête un tatouage. J’y vais sans rien anticiper, sans rien espérer ou imaginer sur l’acte. Pour celui-ci, la prise en charge par la sécurité sociale est possible mais cela nécessiterait plusieurs greffes de graisse, prélevée dans le ventre (chouette ! on m’enlèverait de la graisse du ventre !) à six mois d’intervalle mais avec un petit risque de rejet et que la greffe ne prenne pas. 

Mon choix est fait : Tatouer ma peau… Plus que jamais. Mais il me faut attendre 4 mois. Renommée du tatoueur et délai de réflexion obligent. 

Certaines personnes se demandent pourquoi. Vous me direz, avant le cancer, je ne comprenais pas le tatouage. Je me disais qu’avec le temps, on se lasse et on peut regretter.

Aujourd’hui, j’ai compris. Un tatouage n’est pas qu’un joli dessin qu’on aime à un moment de sa vie. Un tatouage est un symbole, il a une signification profonde pour la personne qu’il l’a choisi, il représente un moment d’une vie qui a eu un impact profond. Pour moi, c’est le besoin de transformer l’enfer que j’ai traversé par quelque chose de beau et surtout de me souvenir que je m’en sois sortie.

J’ai changé, je suis différente, je ne vois plus les choses comme avant, j’ai approché la mort, je me voyais dépérir, j’ai erré comme un fantôme mais petit à petit, je suis sortie de mon trou noir, de la boue dans laquelle j’étais empêtrée. Quelque chose s’est ouvert, quelques pétales de lumière. J’apprends à me connaître, de nouveau me redécouvrir, retrouver des plaisirs. Je garde en mémoire que je me suis reconstruite comme l’oiseau fait son nid. La fleur s’ouvre petit à petit, sortant de la boue, me sortant de ce trou dans lequel j’étais tombée. 

Un rite de passage. Une quête d’identité

Le tatouage, c’est ma façon de me réapproprier son corps et de clore un chapitre. Il permet d’avancer, d’exorciser mes angoisses. Ne plus voir ma cicatrice. Je sais qu’elle est là, je la sens mais j’y vois autre chose.

C’est une manière d’effacer la maladie et de me souvenir d’avoir espoir et de garder courage lors des épreuves difficiles.

Le tatouage restera un endroit qui reste à voir, quelque chose qui représente la beauté et non plus la maladie. Il symbolise aussi la guérison qu’il ne faut pas que j’oublie et la force qui en est sortie.

La douleur ne sera pas pire. La douleur est exorcisée. Le courage, la résilience en sont sortis. La guérison a été possible. Un nouveau chemin est tracé. 

J’ai tatoué sur mon cancer 

Pour réparer “mon trou” toute seule.

Après réflexion, j’ai préféré garder la trace de cette épreuve, ne pas m’infliger d’autres chirurgies risquées mais d’y rajouter une belle chose à voir, témoin du passé.

J’ai décidé de me réapproprier mon corps. Je n’avais aucun tatouage jusqu’à maintenant. J’y ai pensé pendant les traitements. Peur de souffrir, d’être jugée par mon entourage, ma famille ? Le cancer a éclipsé toutes ces craintes.

En me faisant tatouer, je choisissais de « m’infliger » volontairement quelque chose. J’inversais le processus. J’ai patienté un an et demi pour laisser le temps à ma cicatrice de biopsie de cicatriser correctement.

En regardant l’aiguille du tatoueur piquer ma peau, je me suis sentie revivre. Ça faisait un peu mal mais ça me donnait des forces. Comment expliquer que le mal me faisait du bien ? Plus le dessin se formait (sans que je ne le vois), plus je reprenais conscience que j’étais vivante. Je contrôlais à nouveau mon enveloppe corporelle. Je n’ai pas eu de doute. J’étais sûre de mon choix.

Après les chirurgies, les chimios, les rayons, plus rien ne me fait mal. L’aiguille ne m’effraie pas comparée aux heures passées à endurer d’atroces souffrances à cause du cancer. je me souviens pendant le tatouage de la souffrance après la biopsie, de la peur à l’annonce, des souffrances à la pose du PAC. Le tatouage à côté de tout ça, ce n’est rien qu’un peu de piqûres. Juste à la fin, j’ai commencé à avoir mal sur la cicatrice qui souffrait un peu quand même. Mais sinon, je ne sentais rien. J’avais la force mentale nécessaire et la volonté d’effacer ce trou et cette cicatrice.

Quand je regarde mon tatouage, je ne vois pas la maladie mais le combat gagné et cette renaissance. C’est ce souvenir que je veux garder. Il agit comme un rappel. Il me dit que si je ne m’étais pas battue, je ne serais sûrement pas là. Il me donne une force en plus. Quand je dois prendre une décision importante, je réfléchis plus qu’avant. Et mon tatouage n’est jamais loin.

Le montrer, c’est aussi un moyen de rappeler ou d’évoquer ma maladie. Le sujet n’a jamais été tabou pour moi.

Ce tatouage me permet de me souvenir de ces épreuves, et de me dire que je m’en suis sortie.

LE TATOUAGE AGIT POUR MOI COMME UNE THÉRAPIE. C’EST UN ACTE TRIBAL. J’EXORCISE MES ANGOISSES.

Le cancer a changé ma conception de l’avenir. J’avais tendance souvent à remettre au lendemain ; depuis, j’essaie de vivre autrement. Je me suis rendue compte que mon quotidien pouvait être bouleversé du jour au lendemain. Qu’il fallait que je fasse plus attention à moi. Mon tatouage est là pour me le rappeler. Quand on a envie de quelque chose pourquoi attendre ? Pourquoi s’en passer ? Pourquoi ne pas se faire plaisir tant qu’on peut ?

“C’est plus que de l’esthétique, ça touche le moral. Se faire tatouer est  pour moi un vrai outil thérapeutique. C’est une souffrance en moins. Cela touche l’image, l’intime. Or si vous êtes en harmonie avec votre corps, vous l’êtes davantage avec votre esprit.

Je me réapproprie mon thorax abîmé. La chirurgie a laissé un vide, un trou noir. Le tatouage a fait pousser des racines, une magnifique fleur, cela reste un endroit où il reste à voir.

Certains pourront dire que le corps n’est qu’une enveloppe et que l’important réside dans les pensées. Mais c’est ma manière d’effacer la maladie avec quelque chose de beau et de marquer mon corps par des étapes de ma vie.

J’ai moins peur maintenant, je suis davantage résiliente et ceux à qui mes idées déplaisent, n’ont qu’à tourner les talons.
La maladie m’a réappris à être moi-même et à mieux faire face, elle a au moins cet avantage !
Et pour ma part, moins de pincettes avec les personnes qui dépassent les bornes.

Le tatouage pour moi, c’est aussi le besoin d’avancer, de vivre des choses, de les inscrire sur ma peau pour les graver, ne pas les oublier et pour qu’elles me définissent.

C’est moi, pas comme tout le monde.

Comme j’ai envie, sans tenir compte des autres. Porter un tatouage me plaît, combative, fière de mon parcours, me définit.

Même s’il y a des jours au le moral n’est pas au beau fixe, mon tatouage me donne des forces. J’aime qu’il se voit pour en témoigner.

Le message d’une proche :

“On ne peut pas plaire à tout le monde !!!! Alors tu as bien raison, prend un Max soin de toi, le cancer c’est toi qui l’a eu et toi et uniquement toi qui est passée par ces pénibles traitements alors ce que pense les autres on s’en fout !!!!!!!! Personne ne peut se permettre de te donner des leçons ou pire encore de te juger”

Mon lotus représente la renaissance, la résilience, l’illumination spirituelle, le détachement de la souffrance, la conscience de soi et la confiance.

“De la boue est sortie quelque chose de beau, de serein. Le cancer est passé. La paix est revenue.”

Souviens toi pourquoi tu as tenu bon
Ainsi va la vie… Va et vis 

2 réflexions sur « Mon lotus à moi »

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