Projet remise en forme – chapitre 1

“Inscrivez-vous au yoga”

3ème mois de rémission

Les traitements sont terminés. Plus d’ambulanciers pour discuter, plus de médecins qui me surveillent et mon entourage (le moins proche) pense que tout va bien parce que j’ai fini les traitements. Plus rien à l’extérieur ne rythme mes journées, à l’exception des séances de kiné. Heureusement que j’en ai, pour mon corps et mon esprit d’ailleurs. Plus aucune certitude que j’aille bien, la peur que ça revienne. je me sens abonnée et coupable de ne pas me sentir bien.

C’est aussi à ce moment là, l’après traitements, que je commence à mesurer l’impact de tout ce que je viens de traverser. J’y reviendrai un peu plus tard. 

Je ne suis pas très motivée par le yoga car j’ai peur de m’ennuyer mais j’y vais quand même car j’ai besoin de voir du monde et de reprendre mon corps en main malgré la fatigue résiduelle.

Mais deux choses m’embêtent avant même d’avoir commencé.

Je sais bien que mes genoux vont m’empêcher de faire certaines positions mais on me rassure en me disant que le yoga est adapté aux malades et que chacun fait comme il peut. 

La seconde, c’est que les cours adaptés sont à 40 minutes de voiture alors question décontraction avant et après, ça va être compliqué. J’ai toujours le PAC bien entendu (côté gauche) donc je suis obligée de descendre la ceinture de sécurité sur mon bras. C’est plutôt gênant et question sécurité, ce n’est pas terrible.

L’accueil est très agréable. On commence à se raconter nos histoires dans le vestiaire. Arrivée dans la salle, je suis un peu mal à l’aise. Pourquoi ? Toujours la même chose… J’ai mes cheveux et pas les autres. Je suis en rémission, pas les autres. J’essaie de me décontracter quand même. Les autres filles sont sympas. Chacune a ses difficultés physiques mais celles qui en ont, sont celles qui sont beaucoup plus âgées que moi.

En effet, je ne peux pas faire grand chose. Mes genoux, oui comme je l’imaginais. Impossible de faire la chaise et de me mettre accroupie ou à genoux. Je prends une chaise comme on me le propose gentiment. Je suis la seule à en prendre une alors que je suis encore la plus jeune. Il faut dire qu’en chimio, vu que j’étais isolée dans ma chambre individuelle, je n’ai rencontré aucun malade, ni même pendant le restant des traitements. Heureusement que pour les autres activités avec La ligue, comme les ateliers esthétiques, j’y ai trouvé une amie de mon âge. On sort un peu toutes les deux, boire un thé. Nous sommes même allées au théâtre une fois, voir un woman-show sur le thème du cancer du sein. Extra au passage, sur les réalités des traitements et du regard des autres. Mais les malades qu’on rencontre sont toujours beaucoup plus âgées que nous.

Bref, je me sens seule et à part. 

Mais ce n’est pas la seule partie de mon corps à me poser problème.

Pour la position couchée sur le dos, je demande un coussin pour ma nuque raide et une couverture pour que le sol me paraisse moins dur. Une fois installée comme si j’avais le double de mon âge, 76 ans donc, pfff, on commence les mouvements. J’ai mal au dos, je respire mal et ça va en s’aggravant. Mon thorax fragilisé par les rayons et les opérations, me comprime puis m’écrase et arrive subitement la crise de spasmophilie, apparemment, selon ma kiné le lendemain. Je suis en hyper ventilation. Je me relève d’un coup, je ne sais comment, en cherchant mon souffle. On entend que moi. Je pars en direction des vestiaires mais la prof me rattrape. Je panique complètement. Elle m’aide à calmer ma respiration pendant quelques instants, me fait boire un peu d’eau et me fait revenir sur le cours mais moi je serais bien repartie en prenant mes jambes à mon cou tellement j’étais gênée et stressée.

Je termine la séance, assise sur une chaise, complètement assommée, le moral à zéro sans compter ma fierté qui en a pris un coup. 

Une séance d’essai ratée ! Je renonce.

Je me vois mal faire les aller-retours pour une activité trop limitée pour moi et qui du coup n’arrange rien à mon moral. J’attendrai d’avoir l’autorisation de retourner en piscine, dès que mes globules blancs auront franchi un minimum favorable, pour refaire une activité physique douce en balnéothérapie comme je le faisais avant le cancer, car c’est la seule activité physique qui me convient pour le moment apparemment. A suivre…

 

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