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Une avancée mais ENCORE une étape à franchir : dernière chirurgie

octobre 2017 – 8ème mois de rémission

Lors de mon dernier rendez-vous de contrôle avec l’hématologue, il m’informe qu’on va pouvoir retirer le PAC. Je devrais être contente mais je suis inquiète. Terriblement inquiète. Cela l’étonne que je ne saute pas de joie étant donné toutes les fois où j’ai fait savoir qu’il me gênait mais je lui rappelle aussi que la manière dont il a été posé par le chirurgien m’a traumatisée et que le retrait m’angoisse. Il y a aussi la crainte qu’on me l’enlève trop tôt. Je ne l’aurai gardé qu’un an et deux mois alors qu’on avait annoncé 3 ans puis deux. Et si un cancer revient ? La secrétaire me rappellera pour me donner le rendez-vous de la chirurgie.

En sortant de la consultation, je croise une des deux infirmières référentes qui voit tout de suite que ça ne va pas. Je ne peux même pas lui dire quoi que ce soit, je fonds tout de suite en larme, complètement paniquée. Elle essaie de me rassurée mais je suis comme tétanisée de peur. Impossible de reprendre la voiture donc je m’arrête à la cafétéria de l’hôpital avec un thé et un cookie. Je m’isole dans un coin. Ça tombe bien, impossible de m’arrêter de pleurer. Je revis la pose de la chambre implantable et je refuse de revivre la même chose. J’appelle ma mère qui n’arrive pas non plus à me rassurer. On me tape sur l’épaule. Une voix douce me demande comment je vais et si je veux venir à table avec elle. J’ai tellement la tête ailleurs que j’ai du mal à la reconnaître … C’est ma gentille pharmacienne. Je la remercie mais il faut que l’angoisse passe. Les larmes passées, je reprends la voiture mais en gardant la terreur qui m’avait envahie.

Par chance, mon rendez-vous suivant avec la psychologue arrive très vite. Elle entend ma terreur et mes cauchemars et me conseille de faire appel à un autre chirurgien dans la clinique où j’ai fait mes rayons. Sitôt dit sitôt fait, je passe directement au secrétariat de chirurgie thoracique. Et s’il ne voulait pas me prendre ? J’explique, un peu stressée, ma situation à la secrétaire qui n’y voit aucun problème. Je suis soulagée. J’ai rendez-vous pour une consultation quelques semaines plus tard.

La consultation se passe très bien. Le chirurgien écoute mes craintes, m’assure que ça se passe toujours bien et très vite. J’ai rendez-vous le 4 décembre en ambulatoire.

J’ai un mois pour m’y préparer psychologiquement. J’essaie de ne pas trop y penser mais on ne se refait pas. Mais je me dis que ça ne peut pas être pire, alors j’avance en pensant de cette manière. Depuis les rayons, je m’étais mise à la méditation. Je me suis préparée un petit coin dans le salon avec une petite table, un bouddha, une plante, un lotus, un petit tabouret car mes genoux ne me permettent pas de m’asseoir en tailleur. Pas grave, je m’adapte. Donc là, je passe à la vitesse supérieure. Sur Youtube, on trouve toutes sortes de méditation. Voici mes préférées :

  • une harmonisation des chakras en médiation guidée : une méditation d’ancrage et d’alignement de 26 minutes, canalisée par William Yensen :

(lien sur l’image)

  • ou une version en 7 minutes :

(lien sur l’image)

  • un exercice de cohérence cardiaque sur des sonorités méditatives que je faisais déjà régulièrement pendant les rayons sur les conseils de mon magnétiseur. Cinq minutes avant de m’endormir, pendant un moment de stress ou même sans raison particulière. Le faire tous les jours apporte beaucoup de bénéfices. 

  • et bien-sûr, les musiques des Studios Ghibli qui m’emmènent dans une autre dimension avec une préférence pour “Le château dans le ciel”.

La secrétaire de l’hématologue m’appelle un jour pour me dire que le chirurgien a programmé mon intervention dans deux jours. J’étais en plein repérage des cadeaux de Noël pour mes enfants, à mille lieux de penser au retrait du PAC. Je n’avais pas de nouvelles depuis plus d’un mois, je pensais même que j’avais été oubliée comme la plupart du temps pour mon suivi pendant les traitements. Je suis à la fois abasourdie et énervée qu’on puisse prévenir les gens seulement deux jours avant pour une opération et à la fois désolée de lui dire que j’ai prévu l’opération dans un autre établissement pour éviter celui qui m’avait opérée la première fois, car en plus, impossible de choisir son chirurgien pour le retrait du PAC. Je ne pouvais pas me résoudre à repasser entre ses mains. 

début décembre 2017

Le jour tant redouté arrive. J’ai fait une cure d’homéopathie et mes tubes de granules d’Arnica, d’Ignatia Amara et de Gelsenium m’accompagnent jusqu’au dernier moment. Ma mère est venue avec moi. Je ne peux pas revivre de telles choses toute seule. La salle d’attente n’est qu’un couloir de passage des brancards. Nous sommes une vingtaine de patients mais une petite poignée pour le retrait et la pose du PAC. On discute, on se rassure les uns les autres. Enfin, là, ce sont plus les autres qui me rassurent. Mon esprit vagabonde, mon cœur bat la chamade, mes granules m’aident à passer le temps.

On m’appelle. Je passe dans une minuscule salle, un vestiaire où je passe la blouse ouverte derrière, les chaussons, la charlotte. L’infirmière revient vers moi pour m’annoncer que le chirurgien a eu une urgence et qu’il va falloir que j’attende une petite demi-heure… Respire… Ce n’est pas grave… j’en profite pour faire un exercice de cohérence cardiaque et mon harmonisation des chakras. Je me sens bien, j’ai confiance en ce nouveau chirurgien. A peine mon harmonisation terminée, l’infirmière vient me chercher. Le chirurgien est souriant et à l’écoute. Il accepte ma demande pour mettre de la musique, des chansons de mon quotidien. Il place tout simplement mon téléphone derrière la table et apprécie la musique. Il me rassure une nouvelle fois sur l’intervention et on discute beaucoup avec l’infirmière. Il utilise la moitié de la première cicatrice pour le retrait. Je suis rassurée, pas de cicatrice supplémentaire. Ma relaxation préalable et mes musiques m’ont apaisées.

Aucune douleur, aucune sensation d’ailleurs.

Le chirurgien me confie néanmoins qu’il comprend que l’opération de pose se soit mal passée car le PAC est très gros et qu’il date de 12 ans. Celui qu’il pose depuis cette période est deux fois moins gros. J’apprécie la confidence même s’il essaie de se justifier en disant qu’ils n’ont pas les mêmes moyens financiers mais il rajoute quand même que ça n’explique pas le fait que j’ai tout ressenti. Ma souffrance a enfin été entendue.

On m’a libérée de mon PAC sans douleur et j’ai reçu la reconnaissance tant attendue depuis plus d’un an sur la souffrance endurée de la pose.

Il faut maintenant que je cicatrise mais je suis enfin libre !

pet-scan final : de retour à la vie

2ème mois après les traitements

mai 2017

Et bien voilà, j’y suis. Jour J pour le Pet scan de contrôle. Prévenue hier bien-sûr ! Je bouche un trou ! C’est le cas de le dire. Un désistement et on m’offre la place, étant donné que l’examen a été demandé au dernier moment. C’est ça ou rien. Et il faut que je reste à jeun de 7h à 15h ! Moi qui ai l’habitude de me caler l’estomac toutes les 2 heures, habitude conservée par mon corps depuis les chimios, ça va être difficile et je sais que le mal de tête va s’installer. Mais on va dire que c’est pour la bonne cause.

Les deux chemins

Pendant l’heure d’injection, je me prépare à entendre les deux possibilités.

Une tumeur est revenue Ou tout va bien.

Je recommence les traitements et s’est reparti pour 6 mois à ne rien faire que subir et à souffrir Ou je peux recommencer à vivre normalement ? Vite pour profiter.

J’ai le thorax comprimé. J’ai un poids qui m’écrase, à l’endroit où les rayons ont été tirés. Essoufflée. Je finis par ne plus penser du tout. C’est le vide dans ma tête sauf cette appréhension.

Après l’examen, on me fait attendre dans la petite salle d’attente quasi individuelle. D’ailleurs, je suis toute seule. Dix minutes passent… Je commence à stresser, je ne tiens plus en place. C’est revenu ou pas ?

Le médecin franchit la porte avec un autre… Ils ferment la porte derrière eux. Il a deviné que j’étais clouée sur ma chaise ? Ils s’installent devant moi. Pourquoi on fait ça dans la salle d’attente ?  Pourquoi ferme-t-il la porte ? C’est revenu ? Rien ne sort de ma bouche. “Dites-la la mauvaise nouvelle au lieu de me faire attendre”. D’habitude, le médecin m’emmène dans son bureau. Je suis déboussolée. Il me parle mais c’est confus. J’ai tellement peur d’entendre certaines choses que je ne me souviens même pas de ce qu’il m’a dit exactement.

Après plusieurs reformulations de sa part, j’entends :

“Vous êtes bien en rémission complète.”

Et là, vous pensez peut-être que j’hurle de bonheur ou que je pleure de joie ? Lui semblait apprécier ce moment d’annonce positive et attendait ma réaction. Et bien non, rien de tout cela. Je m’exprime comme un robot sans âme, comme si ça ne me concernait pas.

C’est bien. Tant mieux. Vous êtes sûr ? C’est le principal s’il n’y a rien.”

Il faut dire que j’étais persuadée qu’une tumeur était revenue. Donc j’ai du mal à y croire. Je m’étais juste préparée au pire.

J’avance maintenant sur la route “Je suis en rémission”. Je ne suis pas encore “guérie”. Pour l’entendre, il faut attendre cinq ans mais je suis sur la route de la guérison. Je vais pouvoir reprendre doucement petit à petit mes forces, une vie “normale”.

C’est quoi une vie normale après avoir vécu six mois de néant, six mois de traitements affligeants, six mois de doute quant à la guérison ou une rechute qui pourrait s’aggraver ?

Il faut que j’avance, même si ça veut dire sans pouvoir oublier. Avancer en profitant mais toujours avec cette crainte, ce souvenir du pire. Une vie presque comme avant mais avec un regard sur la vie bien différent. Un peu amer au début mais je suis certaine qu’il va s’améliorer. Du moins pour l’instant, j’ai envie d’y croire.

Le lendemain de l’annonce de la rémission :

“Tu dois être contente maintenant !”

Ça recommence. Et bien non.

Une fois sortie du centre d’examen hier, je n’ai pas pleuré. Juste l’envie de pleurer mais pas de joie, pas de soulagement. J’étais chamboulée, perdue, remplie d’un trop plein de sentiments. Mais pas celui qui me ferait sauter au plafond. Je n’ai pas envie de faire la fête car je n’ai pas encore digéré ce que j’ai vécu. Mais le soir en récupérant les enfants à l’école, je le dis quand même à mes collègues et aussi que je leur apporterai des petites gourmandises, pensant que ça m’aidera peut-être à réaliser. Elles sont soulagées pour moi, compréhensives de ce que j’ai traversé et qu’il va falloir du temps physiquement déjà pour remonter la pente et moralement aussi.

Je suis allée à l’école stressée, angoissée de leurs réactions possibles. J’ai pu reparler brièvement de tout ce que je ressentais et de voir leur sourire, quant à ma rémission, m’a fait sourire aussi. La rémission s’intègre en moi. Doucement. Elle m’adoucit. Je suis restée avec les collègues jusqu’à l’heure de la classe, à écouter leur quotidien qui n’est plus le mien. J’étais là sans être là mais je suis revenue dans ma réalité d’enseignante un court instant. C’est un peu comme récupérer ma vie petit à petit. Elles m’ont fait du bien sans rien faire de particulier. Elles m’ont écoutée et je les ai senties compréhensives. Je me suis sentie reconnue.

Vivante.

Cruelle invisibilité – retour sur mon état psychologique depuis l’annonce jusqu’à la fin des traitements

Mois 7 VERSUS 1er Mois de rémission

“Tu es contente ? C‘est terminé !”

Mais pourquoi faut-il toujours être contente ? En quoi subir un cancer et avoir subi ces traitements rend joyeux ?

J’ai traversé un océan de colère, d’effondrement…d’incertitude… d’attente…

Pourquoi je me sens si mal alors que les traitements sont terminés ? 

La tumeur est partie mais a laissé des traces indélébiles, invisibles.

Pour l’instant, impossible de faire comme si elle n’avait pas été là. Pourtant ça devrait être facile… il n’y a plus rien… Mais non.

Elle est venue sans faire mal, sans crier gare. Elle est partie avec un traitement qui m’a fait du mal et mon cœur a maintenant terriblement mal. Pourtant si j’écoute les autres, les traitements sont terminés, la tumeur est partie, j’ai l’air d’aller bien donc je devrais retrouver le moral !

Alors pourquoi je me sens aussi mal ?

Invisible… ma tumeur était invisible, les effets de mes traitements étaient invisibles (sauf chez moi, je veux dire dans ma maison, dans mon intimité, car je ne sortais que lorsque j’en étais capable).

Le cancer fait peur, le cancer est tabou.

Pendant les traitements, j’ai eu l’impression d’être une pestiférée.

Je comprends que chacun vive sa vie. La maladie est déjà difficile à vivre et à vaincre. Mais l’ignorance et l’indélicatesse de certains m’ont laissé une trace indélébile. Je ne comptais pas assez pour eux ? La maladie fait peur mais de là à ignorer la personne qui souffre, sur le coup, j’ai du mal à encaisser.

Pourquoi une personne victime d’un AVC a le droit à des vœux de bon rétablissement et pas une personne atteinte d’un cancer ? Je l‘ai vécue et je me suis sentie mise de côté comme si on ne devait surtout pas parler du cancer. Il est dans la chair, il m’a envahie, mais on ne le voit pas et on ne le reconnaît pas. Mon mal est invisible mais il est en moi. Je suis invisible ? Il faut que je le sois ? Je suis perdue.

Oui, certaines personnes ne savaient pas comment faire, avaient peur de blesser mais leur simple présence et leur attention me suffisaient.

Une personne qui rapporte le “bien-être” d’un ancien malade ne voit que la face extérieure, la face “publique” de la personne. Oui, après, même si on vit avec le souvenir et la peur de la récidive, on avance et on prend de la distance, on prend la vie comme elle est et on se bat pour qu’elle soit meilleure. Mais qui est content d’être passé par la case cancer ?  Oui on peut en ressortir plus fort d’une certaine manière mais le trou noir par lequel on est passé est indélébile. 

Je n’accuse personne. Le cancer, encore une fois fait peur et ça rassure les non-malades de dire que malgré le cancer, on s’en sort plus fort et qu’on le prend bien.

Je n’en veux à personne. Sauf bien sûr au manque de psychologie de certains médecins. C’était difficile à vivre… Très difficile… Non, épouvantablement cruel.

Mes cheveux

Rien ne se voit. Toujours cette invisibilité.

“C’est bien, tu as de la chance, tu n’as pas perdu tes cheveux et tu as bonne mine.”

Pas sûr !

“Qu’est-ce que ça aurait été difficile de te voir sans tes cheveux !”

Je comprends. Il y a beaucoup d’empathie dans cette crainte. Heureusement alors sinon j’aurais culpabilisé.

Alors pourquoi j’avais tellement envie qu’ils tombent ? Pourquoi je ne me suis pas rasée la tête ?

Pour mes enfants. Pour mon fils cadet principalement car c’est cette crainte qu’il exprimait. Il ne voulait pas me voir perdre mes cheveux et voir ma tête rasée. Pourtant je n’avais qu’une envie, à force d’attendre qu’ils tombent, à force d’entendre les médecins me dire qu’ils allaient tomber, même avec le casque réfrigérant, que ça finirait par tomber disaient-ils, au moins se clairsemer. Donc j’attends, je guette, je tire dessus même tellement ça tombe par poignée dans la douche mais ce ne sont que les cheveux du dessous qui tombent. J’avais envie de prendre le taureau par les cornes, agir… moi… contre cette maladie invisible.

Pourquoi j’avais tellement envie de me raser la tête ?

Pour en finir avec cette attente. Cette chute vicieuse : un peu, beaucoup mais pas assez pour dire stop, car au bout de 2 chimios, j’ai des trous. Donc on cache, on refait une coupe pour camoufler.

Pour agir, lutter à ma manière.

Pour que mon cancer se voit !

Pour être reconnue en tant que malade.

Pour être légitimée.

La reconnaissance ! J’en avais besoin. Être reconnue comme malade. Je pensais que les parents d’élèves devaient se dire :

“Pourquoi elle ne travaille pas ? Elle a l’air bien.”

“Elle est peut-être en dépression pour être arrêtée toute l’année. ”

Ça, c’était dans ma tête de torturée. Car quelques parents avec qui j’ai discuté par la suite, s’en doutaient. Mais les non-dits qui s’ajoutent à un état de fatigue et de fragilité ne m’ont pas fait de bien. J’avais presque envie de glisser un mot aux parents pour leur annoncer mon cancer. Juste pour qu’ils m’excusent de ne pas avoir pris ma classe, pour qu’ils légitiment mon absence et peut-être aussi, certainement pour avoir un peu de soutien. J’ai eu quelques lettres et dessins d’élèves, des petits cadeaux, adorables qui m’ont fait énormément de bien. Ce n’était pas en grand nombre mais cela a compté ! Merci à ces enfants et leur famille ! Je n’étais plus transparente. Quand j’allais chercher les enfants à l’école, Mon école, j’avais l’impression de longer les murs, j’évitais les regards, baissant la tête, comme si j’étais en infraction, comme si moi, je séchais l’école.

Ne plus avoir mes cheveux aurait mis fin à mes tourments et clairement affiché ma maladie. Mon cancer. Au moins, ça aurait été franc.

J’ai juste dû mettre un petit bandeau pour cacher la chute des cheveux de devant, comme une calvitie d’homme. Grâce à mon bandeau, je me sentais, non seulement sans ce vide de cheveux que je ne sentais plus beaucoup, mais surtout la maladie se voyait un peu. Et j’avais le droit à :

“Ça te va bien ! Tu es toute belle.”

Même si le port du bandeau était pour moi crucial pour éviter de montrer mes trous, ces paroles me faisaient du bien. Là, je ne leur en voulais pas car ces paroles me donnaient la reconnaissance dont j’avais besoin.

Un mois après la fin de mes traitements, je regrette encore de ne pas avoir supprimé mes cheveux. Ça aurait été ma manière à moi d’agir et même ça, je n’ai pas pu le faire. Pourquoi l’entourage croit toujours bien faire pour nous ?

“Attends de voir, On ne sait jamais”.

“Tu imagines, si tu le fais pour rien !”

La coiffeuse refusait de le faire. J’aurai pu le faire ! Oui, si mes enfants n’avaient pas eu aussi peur. Je me serais écoutée mais je les ai préservés. Pour eux, je ne le regrette pas. Pour mon cheminement contre la maladie, oui, je crois que je le regrette. Mais maintenant, il faut que je fasse avec ces cheveux qui se sont désépaissis et qui repoussent à la verticale et pas tous en même temps.

Trois mois après les traitements, je peux maintenant dire que c’est quand même pas mal d’avoir pu garder mes cheveux. Ce profil sur la photo est pas mal, la calvitie est cachée.

Avec le recul, beaucoup de recul, l’entourage avait certainement raison. Je suis bien contente à deux ans de rémission d’avoir de beaux cheveux même si j’ai dû les garder courts longtemps tellement j’avais de longueurs différentes.

La colère VS L’effondrement

“Détends-toi !”

Pourquoi je suis tellement en colère ? Pourquoi j’en veux à la terre entière ? Pourquoi je n’arrive pas à voir la vie en rose maintenant que la tumeur est partie et que les traitements sont terminés ? Pourquoi je n’ai pas changé ma manière de voir la vie ? Je devrais l’apprécier vu que j’aurai pu la perdre.

La maladie a été prise à temps, ça aurait pu être pire ! Oui, mais ça, il faut le vivre quand même.

Parce que ma vie a été ébranlée.

Parce qu’il m’est tombé quelque chose dessus alors que j’étais déjà fragilisée, la goutte d’eau comme on dit.

Qui est prêt à vivre le pire ? Quand on se marie, on vous le dit ! “Pour le meilleur et pour le pire”.

Quand j’ai annoncé à mon mari que j’avais une tumeur, que c’était cancéreux et qu’il fallait voir à quel point avec une biopsie, je lui ai dit en pleurant :

On y est, c’est pour le pire !

Qui est prêt pour ça avant de le vivre ? Qui le veut ? Personne.

Et il faut que je me détende ?

Pourquoi je suis en colère ?

Parce que c’est tout simplement la seule émotion qui ne me fasse pas pleurer. L’effondrement me fatigue, me donne envie d’aller prendre un cachet pour dormir, seule façon d’arrêter tout ça, de dormir, sans rêver. Mais c’est éphémère. Le petit matin fait surgir les cauchemars. Donc je me lève sans attendre mais la fatigue est toujours là. La fatigue entraîne la morosité, la tristesse. C’est le cercle infernal.

Je suis en colère car fatiguée de subir. J’essaye de résister au bruit, à la fatigue, aux petits maux de chacun mais tout ça c’est tellement dur ; je me retiens, je tiens bon mais le trop plein va vite arriver. La colère ou l’effondrement ? L’un ou l’autre ? Les deux sont nocifs, pour moi comme pour les autres.

La colère n’est pas comprise.

L’effondrement me culpabilise.

La tristesse des autres m’attriste de nouveau.

Et le cercle recommence. L’un et l’autre s’enchaînent.

Avec entre les deux, quelques courtes accalmies.

C’est assez étrange. J’en étais même à me demander parfois quelle émotion allait surgir ? La colère est plus facile à gérer mais destructrice. L’effondrement est douloureux psychologiquement. Laisser faire, laisser aller, surmonter, prendre sur soi. Selon mon état physique, de fatigue, de tolérance, on verra bien.

“Il faut être patiente. C’est normal. Vous avez subi une épreuve difficile. Un événement morbide.”

Enfin une parole réaliste et compréhensive !

Grâce à la Ligue contre le cancer, j’ai rencontré une psychologue qui m’aide énormément ! Avec elle, je pleure, je vide mon sac, j’exprime mes doutes, mes craintes, mes colères, mes souffrances, ma culpabilité mais j’en ressors toujours avec le sourire, une force supplémentaire, de la confiance en moi.

Qu’aurais-je fait sans elle ? Je lui suis tellement reconnaissante !

MERCI ! MILLE FOIS !

L’incertitude… L’attente…

Avancer dans le vide. Dans une vie non programmée, pleine d’incertitude.

Tout le contraire de ma vie passée, planifiée, organisée sur mon calendrier, mon journal de classe.

Essaye de vivre au jour le jour. Profite de chaque jour”

Parce que du jour au lendemain, ma vie a été bouleversée, chamboulée, mon emploi du temps de l’année a été complètement annulé. Rien à venir. C’est le vide. Plus rien n’est pour l’instant envisageable. A part attendre qu’on veuille bien disposer de mon corps, attendre, ne pas savoir, être dans l’incertitude. Je fais la rentrée ou pas ? Non ? On opère quand ? On fait une chimio ? D’accord mais on me pose la chambre quand ? Maintenant qu’elle est posée, la chimio commence quand ? J’appelle à chaque fois les médecins. J’ai besoin de savoir, de programmer ma semaine. Et les enfants ? Qui va les emmener à l’école ? Combien de jours serai-je tranquille avant les traitements ?

Et la chimio commence. L’attente des premiers effets. Les deux premiers jours, de la fatigue, nauséeuse. Laisser l’imprévu régir sa vie ? Entendre les médecins faire des pronostiques sur les effets secondaires et ne pas prévoir les bons, ça c’est la roulette russe. C’est un peu comme au bac, on vous prépare à certains sujets et c’est un autre qui tombe. Là, c’est trop tard, le mal est fait. Il faut attendre que ça passe, on fera mieux la deuxième fois.

… et l’impossible lâcher-prise

Après la chimio, c’est l’attente des rayons. Au départ, on vous dit qu’un Pet scan sera fait après la chimio. Mais j’en avais fait un, un mois avant la dernière. Ça ira, dit le médecin. Pas la peine. Vous êtes sûr ? Car ce n’était pas ce qui était prévu ? Oui oui ne vous inquiétez pas. (Tenez, ça j’avais oublié. Ça a été tellement une succession de maladresses médicales, j’en ai zappée une).

Et bien si, je m’inquiète et j’ai eu raison car il fallait bien un Pet-scan final, même à une mois d’intervalle avec le précédent. La colère me gagne encore à ce moment-là. Du coup, obligée de tout en main, les rendez-vous, les coups de fil aux secrétaires pour réveiller les médecins, je me prouve que Je suis là ! J’existe !

Je récupère mes examens à droite, à gauche, quitte à me déplacer entre mes 3 hôpitaux. La réjouissance des cancers du sang ! Le CHU pour la chimio et l’hématologue, l’établissement de Pet-scan et la clinique pour les rayons !

Vous avez dit “se laisser aller” ? Se laisser guider par les médecins ? Faire confiance ? C’est une blague ! Moi, je n’en ai pas eu l’occasion.

Oui, mon protocole a fonctionné puisque la tumeur a été éradiquée. Mais comment peut-on lâcher-prise sans faire confiance, sans être portée ? Oui j’ai été en colère et j’en veux encore aux personnes concernées.