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Cruelle invisibilité – retour sur mon état psychologique depuis l’annonce jusqu’à la fin des traitements

Mois 7 VERSUS 1er Mois de rémission

“Tu es contente ? C‘est terminé !”

Mais pourquoi faut-il toujours être contente ? En quoi subir un cancer et avoir subi ces traitements rend joyeux ?

J’ai traversé un océan de colère, d’effondrement…d’incertitude… d’attente…

Pourquoi je me sens si mal alors que les traitements sont terminés ? 

La tumeur est partie mais a laissé des traces indélébiles, invisibles.

Pour l’instant, impossible de faire comme si elle n’avait pas été là. Pourtant ça devrait être facile… il n’y a plus rien… Mais non.

Elle est venue sans faire mal, sans crier gare. Elle est partie avec un traitement qui m’a fait du mal et mon cœur a maintenant terriblement mal. Pourtant si j’écoute les autres, les traitements sont terminés, la tumeur est partie, j’ai l’air d’aller bien donc je devrais retrouver le moral !

Alors pourquoi je me sens aussi mal ?

Invisible… ma tumeur était invisible, les effets de mes traitements étaient invisibles (sauf chez moi, je veux dire dans ma maison, dans mon intimité, car je ne sortais que lorsque j’en étais capable).

Le cancer fait peur, le cancer est tabou.

Pendant les traitements, j’ai eu l’impression d’être une pestiférée.

Je comprends que chacun vive sa vie. La maladie est déjà difficile à vivre et à vaincre. Mais l’ignorance et l’indélicatesse de certains m’ont laissé une trace indélébile. Je ne comptais pas assez pour eux ? La maladie fait peur mais de là à ignorer la personne qui souffre, sur le coup, j’ai du mal à encaisser.

Pourquoi une personne victime d’un AVC a le droit à des vœux de bon rétablissement et pas une personne atteinte d’un cancer ? Je l‘ai vécue et je me suis sentie mise de côté comme si on ne devait surtout pas parler du cancer. Il est dans la chair, il m’a envahie, mais on ne le voit pas et on ne le reconnaît pas. Mon mal est invisible mais il est en moi. Je suis invisible ? Il faut que je le sois ? Je suis perdue.

Oui, certaines personnes ne savaient pas comment faire, avaient peur de blesser mais leur simple présence et leur attention me suffisaient.

Une personne qui rapporte le “bien-être” d’un ancien malade ne voit que la face extérieure, la face “publique” de la personne. Oui, après, même si on vit avec le souvenir et la peur de la récidive, on avance et on prend de la distance, on prend la vie comme elle est et on se bat pour qu’elle soit meilleure. Mais qui est content d’être passé par la case cancer ?  Oui on peut en ressortir plus fort d’une certaine manière mais le trou noir par lequel on est passé est indélébile. 

Je n’accuse personne. Le cancer, encore une fois fait peur et ça rassure les non-malades de dire que malgré le cancer, on s’en sort plus fort et qu’on le prend bien.

Je n’en veux à personne. Sauf bien sûr au manque de psychologie de certains médecins. C’était difficile à vivre… Très difficile… Non, épouvantablement cruel.

Mes cheveux

Rien ne se voit. Toujours cette invisibilité.

“C’est bien, tu as de la chance, tu n’as pas perdu tes cheveux et tu as bonne mine.”

Pas sûr !

“Qu’est-ce que ça aurait été difficile de te voir sans tes cheveux !”

Je comprends. Il y a beaucoup d’empathie dans cette crainte. Heureusement alors sinon j’aurais culpabilisé.

Alors pourquoi j’avais tellement envie qu’ils tombent ? Pourquoi je ne me suis pas rasée la tête ?

Pour mes enfants. Pour mon fils cadet principalement car c’est cette crainte qu’il exprimait. Il ne voulait pas me voir perdre mes cheveux et voir ma tête rasée. Pourtant je n’avais qu’une envie, à force d’attendre qu’ils tombent, à force d’entendre les médecins me dire qu’ils allaient tomber, même avec le casque réfrigérant, que ça finirait par tomber disaient-ils, au moins se clairsemer. Donc j’attends, je guette, je tire dessus même tellement ça tombe par poignée dans la douche mais ce ne sont que les cheveux du dessous qui tombent. J’avais envie de prendre le taureau par les cornes, agir… moi… contre cette maladie invisible.

Pourquoi j’avais tellement envie de me raser la tête ?

Pour en finir avec cette attente. Cette chute vicieuse : un peu, beaucoup mais pas assez pour dire stop, car au bout de 2 chimios, j’ai des trous. Donc on cache, on refait une coupe pour camoufler.

Pour agir, lutter à ma manière.

Pour que mon cancer se voit !

Pour être reconnue en tant que malade.

Pour être légitimée.

La reconnaissance ! J’en avais besoin. Être reconnue comme malade. Je pensais que les parents d’élèves devaient se dire :

“Pourquoi elle ne travaille pas ? Elle a l’air bien.”

“Elle est peut-être en dépression pour être arrêtée toute l’année. ”

Ça, c’était dans ma tête de torturée. Car quelques parents avec qui j’ai discuté par la suite, s’en doutaient. Mais les non-dits qui s’ajoutent à un état de fatigue et de fragilité ne m’ont pas fait de bien. J’avais presque envie de glisser un mot aux parents pour leur annoncer mon cancer. Juste pour qu’ils m’excusent de ne pas avoir pris ma classe, pour qu’ils légitiment mon absence et peut-être aussi, certainement pour avoir un peu de soutien. J’ai eu quelques lettres et dessins d’élèves, des petits cadeaux, adorables qui m’ont fait énormément de bien. Ce n’était pas en grand nombre mais cela a compté ! Merci à ces enfants et leur famille ! Je n’étais plus transparente. Quand j’allais chercher les enfants à l’école, Mon école, j’avais l’impression de longer les murs, j’évitais les regards, baissant la tête, comme si j’étais en infraction, comme si moi, je séchais l’école.

Ne plus avoir mes cheveux aurait mis fin à mes tourments et clairement affiché ma maladie. Mon cancer. Au moins, ça aurait été franc.

J’ai juste dû mettre un petit bandeau pour cacher la chute des cheveux de devant, comme une calvitie d’homme. Grâce à mon bandeau, je me sentais, non seulement sans ce vide de cheveux que je ne sentais plus beaucoup, mais surtout la maladie se voyait un peu. Et j’avais le droit à :

“Ça te va bien ! Tu es toute belle.”

Même si le port du bandeau était pour moi crucial pour éviter de montrer mes trous, ces paroles me faisaient du bien. Là, je ne leur en voulais pas car ces paroles me donnaient la reconnaissance dont j’avais besoin.

Un mois après la fin de mes traitements, je regrette encore de ne pas avoir supprimé mes cheveux. Ça aurait été ma manière à moi d’agir et même ça, je n’ai pas pu le faire. Pourquoi l’entourage croit toujours bien faire pour nous ?

“Attends de voir, On ne sait jamais”.

“Tu imagines, si tu le fais pour rien !”

La coiffeuse refusait de le faire. J’aurai pu le faire ! Oui, si mes enfants n’avaient pas eu aussi peur. Je me serais écoutée mais je les ai préservés. Pour eux, je ne le regrette pas. Pour mon cheminement contre la maladie, oui, je crois que je le regrette. Mais maintenant, il faut que je fasse avec ces cheveux qui se sont désépaissis et qui repoussent à la verticale et pas tous en même temps.

Trois mois après les traitements, je peux maintenant dire que c’est quand même pas mal d’avoir pu garder mes cheveux. Ce profil sur la photo est pas mal, la calvitie est cachée.

Avec le recul, beaucoup de recul, l’entourage avait certainement raison. Je suis bien contente à deux ans de rémission d’avoir de beaux cheveux même si j’ai dû les garder courts longtemps tellement j’avais de longueurs différentes.

La colère VS L’effondrement

“Détends-toi !”

Pourquoi je suis tellement en colère ? Pourquoi j’en veux à la terre entière ? Pourquoi je n’arrive pas à voir la vie en rose maintenant que la tumeur est partie et que les traitements sont terminés ? Pourquoi je n’ai pas changé ma manière de voir la vie ? Je devrais l’apprécier vu que j’aurai pu la perdre.

La maladie a été prise à temps, ça aurait pu être pire ! Oui, mais ça, il faut le vivre quand même.

Parce que ma vie a été ébranlée.

Parce qu’il m’est tombé quelque chose dessus alors que j’étais déjà fragilisée, la goutte d’eau comme on dit.

Qui est prêt à vivre le pire ? Quand on se marie, on vous le dit ! “Pour le meilleur et pour le pire”.

Quand j’ai annoncé à mon mari que j’avais une tumeur, que c’était cancéreux et qu’il fallait voir à quel point avec une biopsie, je lui ai dit en pleurant :

On y est, c’est pour le pire !

Qui est prêt pour ça avant de le vivre ? Qui le veut ? Personne.

Et il faut que je me détende ?

Pourquoi je suis en colère ?

Parce que c’est tout simplement la seule émotion qui ne me fasse pas pleurer. L’effondrement me fatigue, me donne envie d’aller prendre un cachet pour dormir, seule façon d’arrêter tout ça, de dormir, sans rêver. Mais c’est éphémère. Le petit matin fait surgir les cauchemars. Donc je me lève sans attendre mais la fatigue est toujours là. La fatigue entraîne la morosité, la tristesse. C’est le cercle infernal.

Je suis en colère car fatiguée de subir. J’essaye de résister au bruit, à la fatigue, aux petits maux de chacun mais tout ça c’est tellement dur ; je me retiens, je tiens bon mais le trop plein va vite arriver. La colère ou l’effondrement ? L’un ou l’autre ? Les deux sont nocifs, pour moi comme pour les autres.

La colère n’est pas comprise.

L’effondrement me culpabilise.

La tristesse des autres m’attriste de nouveau.

Et le cercle recommence. L’un et l’autre s’enchaînent.

Avec entre les deux, quelques courtes accalmies.

C’est assez étrange. J’en étais même à me demander parfois quelle émotion allait surgir ? La colère est plus facile à gérer mais destructrice. L’effondrement est douloureux psychologiquement. Laisser faire, laisser aller, surmonter, prendre sur soi. Selon mon état physique, de fatigue, de tolérance, on verra bien.

“Il faut être patiente. C’est normal. Vous avez subi une épreuve difficile. Un événement morbide.”

Enfin une parole réaliste et compréhensive !

Grâce à la Ligue contre le cancer, j’ai rencontré une psychologue qui m’aide énormément ! Avec elle, je pleure, je vide mon sac, j’exprime mes doutes, mes craintes, mes colères, mes souffrances, ma culpabilité mais j’en ressors toujours avec le sourire, une force supplémentaire, de la confiance en moi.

Qu’aurais-je fait sans elle ? Je lui suis tellement reconnaissante !

MERCI ! MILLE FOIS !

L’incertitude… L’attente…

Avancer dans le vide. Dans une vie non programmée, pleine d’incertitude.

Tout le contraire de ma vie passée, planifiée, organisée sur mon calendrier, mon journal de classe.

Essaye de vivre au jour le jour. Profite de chaque jour”

Parce que du jour au lendemain, ma vie a été bouleversée, chamboulée, mon emploi du temps de l’année a été complètement annulé. Rien à venir. C’est le vide. Plus rien n’est pour l’instant envisageable. A part attendre qu’on veuille bien disposer de mon corps, attendre, ne pas savoir, être dans l’incertitude. Je fais la rentrée ou pas ? Non ? On opère quand ? On fait une chimio ? D’accord mais on me pose la chambre quand ? Maintenant qu’elle est posée, la chimio commence quand ? J’appelle à chaque fois les médecins. J’ai besoin de savoir, de programmer ma semaine. Et les enfants ? Qui va les emmener à l’école ? Combien de jours serai-je tranquille avant les traitements ?

Et la chimio commence. L’attente des premiers effets. Les deux premiers jours, de la fatigue, nauséeuse. Laisser l’imprévu régir sa vie ? Entendre les médecins faire des pronostiques sur les effets secondaires et ne pas prévoir les bons, ça c’est la roulette russe. C’est un peu comme au bac, on vous prépare à certains sujets et c’est un autre qui tombe. Là, c’est trop tard, le mal est fait. Il faut attendre que ça passe, on fera mieux la deuxième fois.

… et l’impossible lâcher-prise

Après la chimio, c’est l’attente des rayons. Au départ, on vous dit qu’un Pet scan sera fait après la chimio. Mais j’en avais fait un, un mois avant la dernière. Ça ira, dit le médecin. Pas la peine. Vous êtes sûr ? Car ce n’était pas ce qui était prévu ? Oui oui ne vous inquiétez pas. (Tenez, ça j’avais oublié. Ça a été tellement une succession de maladresses médicales, j’en ai zappée une).

Et bien si, je m’inquiète et j’ai eu raison car il fallait bien un Pet-scan final, même à une mois d’intervalle avec le précédent. La colère me gagne encore à ce moment-là. Du coup, obligée de tout en main, les rendez-vous, les coups de fil aux secrétaires pour réveiller les médecins, je me prouve que Je suis là ! J’existe !

Je récupère mes examens à droite, à gauche, quitte à me déplacer entre mes 3 hôpitaux. La réjouissance des cancers du sang ! Le CHU pour la chimio et l’hématologue, l’établissement de Pet-scan et la clinique pour les rayons !

Vous avez dit “se laisser aller” ? Se laisser guider par les médecins ? Faire confiance ? C’est une blague ! Moi, je n’en ai pas eu l’occasion.

Oui, mon protocole a fonctionné puisque la tumeur a été éradiquée. Mais comment peut-on lâcher-prise sans faire confiance, sans être portée ? Oui j’ai été en colère et j’en veux encore aux personnes concernées.

Mes cheveux, l’homéopathie et les effets secondaires des chimios

Mois 2 Jour 24 – 17 octobre 2016

avant

après

Capillairement prête pour le casque réfrigérant

Difficile de passer du long hérité du mariage, au carré pour les chimios mais il me convient et c’est pour la bonne cause, du moins, j’essaie de m’en convaincre. N’empêche que pour l’instant, j’en ai perdu mon sourire.

Ma coiffeuse me rassure et me défend de me raser la tête. Il est toujours possible que les casques fassent leur effet, même si c’est rare. Elle me montre quand même les styles de perruques qui pourront m’aller pour que je puisse me projeter et qu’on en commande une rapidement en cas de besoin.

Un traitement préventif pour les effets secondaires ?

Lors du dernier rendez-vous avec l’hématologue, j’ai voulu savoir s’il y avait un traitement préventif contre les effets secondaires des chimios.

L’hématologue : Non, pour l’instant, on attend de voir comment vous réagissez.

Moi : Je peux prendre un peu d’homéopathie ou faire … ?

L’hématologue : Pfff ! L’homéopathie ? Ça ne sert à rien. “

Je ravale ma salive. Pressentiment ? Cette expression aura un sens particulier.

Quoi qu’il en soit, je fais confiance à mes principes et je prends quand même rendez-vous avec un homéopathe réputé dans le Grand Est pour son investissement en oncologie grâce aux conseils de mon nouveau pharmacien, qui fait partie d’une association regroupant des professionnels de soins du cancer. Je le rencontrerai 3 jours après ma première chimio car lui aussi veut attendre les premiers effets. Il modifiera son ordonnance par mail au coup par coup si besoin.

Première séance de chimio

Me voici donc, quinze jours après la pose du PAC, à ma première chimio ABVD sur six ! Accompagnée par mes nouveaux compagnons de route, les ambulanciers, de mon mari et du doudou que ma fille m’a confié, j’avance vers l’inconnu.

 

Dans le service, les odeurs de café du matin emplissent les couloirs. Ce n’est déjà pas une odeur que j’apprécie mais en plus elle deviendra des plus difficiles à supporter à la maison car associée maintenant aux chimiothérapies.

Les infirmières feront parties des plus belles rencontres de la maladie. Douces, compatissantes, à l’écoute et aux petits soins.

Avec un lymphome, j’ai le droit et l’obligation surtout d’être en chambre seule avec un lit car le système immunitaire va être mis à rude épreuve. De plus, pour pouvoir utiliser les casques, il faut avoir accès à un lavabo.

Une petite demi-heure administrative passe avant le branchement de la perfusion dans le PAC. Pour essayer de me relaxer, j’écoute une musique douce. Le premier branchement au PAC est impressionnant mais grâce au patch d’Emla installé une heure et demi avant et la douceur de l’infirmière, je ne sens quasi rien.

Ensuite arrive l’installation du premier casque réfrigérant. Premier car il va y en avoir trois en tout. Ce premier casque une demi-heure avant la première injection puis les deux suivants toutes les demi-heures, car c’est le premier produit injecté qui provoque la chute des cheveux donc il faut anesthésier les bulbes capillaires. Pour cela, mon infirmière, toujours la même c’est rassurant et je l’apprécie beaucoup, m’installe au petit lavabo de ma salle de bain et me mouille les cheveux à l’eau froide… oui… c’est plus efficace ainsi. Première épreuve !

Je retourne dans mon lit, sous la couverture, avec un pull et un gilet en laine, avec la perfusion à transporter bien évidemment même si pour l’instant, il n’y a que du sérum physiologique pour nettoyer le PAC. 

Le casque est lourd ! Il ressemble à un casque de water-polo mais congelé donc dur et lourd ! Il pèse  2,5 kg ! Ce n’est pas rien. Je m’installe correctement, allongée, la nuque bien calée. Mon infirmière me cale des compresses sous le casque au niveau du front, des oreilles et de la nuque pour éviter le contact du froid directement sur la peau. Plus ça vient, plus j’ai froid…C’est lourd… J’ai peur d’avoir mal aux cervicales déjà fragiles.

La demi-heure est passée et le deuxième casque arrive. Seconde douche froide sur la tête pour l’installer. Un peu plus difficile. Je me pelotonne de nouveau sous ma couverture. J’en demande une deuxième mais j’ai de plus en plus froid. J’enfile mes chaussettes, mes gants, mon foulard. Je grelotte et j’en tremble. Heureusement que mon mari est là, il me frictionne les pieds, les mains, les bras. Sa simple présence est sécurisante. La chaleur de ses mains m’apaise un peu.

C’est parti pour l’injection du premier produit. Orange ! Celui qui fait perdre les cheveux. 

Jusque là tout va à peu près bien, même si j’ai froid. J’ai eu le droit d’apporter mon repas car je ne supporte pas le gluten et le lait de vache. J’ai quand même faim, ce qui étonne mais je tiens à garder mes forces, et si je ne mange pas, c’est le mal de tête qui aura raison de moi.

Un deuxième produit s’injecte et le troisième casque arrive. 

Je commence à avoir la tête dans le coton, vaseuse, groggy par les produits, un peu mal au cœur… On me rajoute donc un anti-vomitif supplémentaire dans la perfusion. Je somnole pendant cette demi-heure qui passe jusqu’à ce qu’on m’enlève le dernier casque. Je ne le sentais presque plus, presque anesthésiée mais ma tête s’allège.

Ensuite, c’est la descente aux enfers. Je suis droguée, shootée. Je n’ai plus envie ni la force de parler. Je dors à moitié. Incapable de réagir à quoi que soit.

Au bout de trois heures d’injection et un lavage de PAC, l’ambulancier arrive pour me ramener chez moi, même pas le temps d’émerger. Je marche au radar. Une chaise roulante ? Certainement pas ! Je monte dans l’ambulance et je comate pendant tout le trajet, incapable de sortir un mot, fatiguée, extrêmement fatiguée. Je suis d’ordinaire toujours malade en voiture si je ne conduis pas, mais là mon mal de cœur était déjà là avant même de démarrer. J’ai hâte d’arriver et d’aller me coucher.

Sur les deux premiers jours, je n’avais ressenti qu’une très grande fatigue, un peu vaseuse, voir nauséeuse.

Deuxième jour après la chimio, je ne peux plus avaler sans souffrir. Sans l’enfer. C’est comme si j’avais un oursin dans la bouche dès que je voulais manger ou boire quelque chose. Je pleure à chaque fois. Même boire me brûle ! Du froid comme il est conseillé ? C’est pire ! Le thé passe mais il faut éviter d’en boire pour conserver les globules rouges.

Troisième jour. C’est mon rendez-vous chez l’homéopathe. Je trouve quand même la force de faire une heure de route en voiture avec ma mère et son conjoint. On en profite pour prendre l’air un peu dans la ville mais je fatigue très vite. Mon PAC me gêne, mon thorax est douloureux, j’ai faim, j’ai soif mais rien ne rentre sans cette douleur atroce. J’ai la bouche en feu à chaque gorgée, à chaque bouchée.

L’homéopathe prend le temps de m’écouter et de me prescrire un traitement adapté.

Il y avait quand même quelque chose à faire pour éviter ces “mucites” qui m’ont empêchée de manger pendant trois jours. 

Le laser ? On a essayé de m’en faire mais inutile pour moi, je n’ai “qu’une très grosse inflammation des muqueuses”. En attendant, bains de bouche six fois par jour, plus avant et après manger avec du bicarbonate de soude et de l’Aspégic. La consigne est de manger en petite quantité, de nombreuses fois dans la journée.

Du coup, fatigue et perte de trois kilos en trois jours, en plus des 2 deux perdus sur les deux premiers jours de chimio. Cinq kilos en moins en une semaine à peine. J’ai une tête de déterrée… De malade… Ça c’est certain. Je ne mets pas les pieds à l’école. Chacun se relaie pour emmener et rechercher les enfants.

Tout ça aurait pu être évité. De simples bains de bouche préventifs avec du bicarbonate de perfusion auraient limité l’inflammation mais aucune prescription ne m’avait été faite par l’hématologue.

Ce sont les infirmières référentes, adorables, toujours disponibles au téléphone, qui ont réparé à chaque fois ses erreurs pendant les chimios.

Des vomissements ? Non.

“Tu as de la chance, ça pourrait être pire.”

Pour me faire relativiser, les gens essaient de me faire prendre du recul et me rassurer. Ils ont souvent eu cette phrase à la bouche. Mais ne vous inquiétez pas, avais-je envie de dire, j’ai d’autres symptômes. Comme si les autres effets n’avaient pas d’importance, comme si la chimio était facile à vivre, si on n’avait pas de vomissements.

L’effet secondaire suivant au jour 6 et 7 est un syndrome grippal qui me cloue au lit les deux jours. Je tremble de froid, j’ai mal dans tout le corps. Ça m’épuise. 

Il faut attendre un jour de plus pour que je remonte la pente. Il me reste quatre jours à peu près bien, sans effets secondaires, avant la prochaine chimio. Une tous les 15 jours. 

Les chimios suivantes

J’ai prévu les vêtements adéquats, une couverture polaire très chaude, une grosse paire de sur-chaussettes et mes chaussons en plus. Je débarque à l’hôpital avec deux gros sacs, comme si j’allais camper.

L’avantage du casque, c’est qu’il me fait penser à autre chose qu’à ces produits qui traversent mon corps, qui détruisent mes cellules. Les mauvaises, comme les bonnes.

Au fur et à mesure que les produits s’enchaînent, la fatigue arrive. Je suis toujours groggy, vaseuse, un peu nauséeuse. Je sens que je m’enfonce progressivement dans un état second mais rapidement dans le shoot de médicaments pendant ces trois heures d’injection.

Dans l’ambulance de retour, je ne suis plus qu’un corps qu’on transporte. Je ne dors pas mais impossible de dire quoi que se soit.

Ensuite c’est l’attente des effets secondaires… leur arrivée (nauséeuse dès le départ, mucite à partir du jour 2, symptômes grippaux les jours 6 et 7, tout ça avec une très grande fatigue, des pleurs dus à la fatigue, au stress, à la maladie…) puis 4 jours de répit avant la prochaine.  

Ce besoin de prendre l’air

Je resterai bien dans mon lit ou devant la télé tellement la fatigue est présente. Mais on me force à sortir pour prendre l’air et réveiller mes muscles. Mais tout est difficile, le souffle est court, mes jambes sont dans le coton. Et si je trouve la force de marcher à allure vieille dame, mon PAC me rappelle qu’il est là. Le branchement situé dans la poitrine me pince. Vu que c’est celui raccordé au cœur, ça m’effraie même si on me dit que tout va bien.

Aux chimios suivantes, c’était devenu un besoin de prendre l’air. Comme si je n’avais pas respiré depuis longtemps, comme si l’air que j’inspirais me nettoyait à l’intérieur. Je me souviens de mettre installée dans mon jardin en plein mois de novembre, avec une couverture sur le dos et des gants pour respirer la vie. C’est vraiment ce que je ressentais. Comme si l’air remplissait de vie mon corps intoxiqué de chimios. Cette bouffée d’air frais me faisait me sentir vivante et m’aidait à respirer. 

La succession de chimios

Le plus dur à encaisser… c’est de savoir que ça va recommencer. Ça recommence mais il faut y aller car on n’a pas le choix pour guérir. Comment accepter un traitement qui vous fait du mal ?

On se résigne. On subit.

En attendant, les prises de sang ponctuent l’entre-deux de chimios. Mais en arrivant à la suivante, c’est aussi l’appréhension que la prise de sang soit mauvaise et que ça se complique…