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L’annonce à mes enfants et aux autres

L’annonce à mes enfants :

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L’annonce la plus difficile que j’ai eu à faire, vous vous doutez bien, c’est bien celle-ci. Je leur prends leur innocence mais je leur devais la vérité le plus rapidement possible. Mon école étant aussi la leur, il était hors de question qu’ils entendent les mots qui font peur par quelqu’un doute. 

Nous nous sommes réunis sur un lit et nous avons évoqué les mots simplement en commençant par la boule dans mon thorax, les traitements qui allaient suivre, les effets secondaires possibles (fatigue, nausées, les cheveux qui risquent de tomber). Petit à petit, le mot “cancer” a pu sortir de ma bouche. Notre grand de 12 ans a pu mettre le mot “chimio” qu’il avait abordé au collège. Ça m’a un peu soulagée même si c’était difficile qu’il puisse imaginer ce qui m’attendait.

Je leur ai dit que les médecins allaient me soigner. Ils ont bien sûr demander si j’allais mourir.

Comment ne pas craquer en entendant cette question dans la bouche d’enfants de 5 et 8 ans ?

Je prends sur moi… je sers les lèvres… j’avale ma salive… et avec un sourire, je leur réponds que non, que les médecins vont tout faire pour faire partir cette boule et que c’est un cancer qui se soigne bien.

C’était extrêmement difficile de les voir s’imaginer qu’ils pouvaient me perdre mais j’ai réussi à les rassurer sans pleurer. J’ai un peu de mal à construire cette phrase tellement la situation est poignante.

Mais c’est fait, les mots sont dits. Leurs câlins et leur amour m’ont fait du bien. Les deux petits ont réussi à en parler avec des copains qui vivaient la même chose chez eux. C’est rassurant de savoir qu’ils ne sont pas seuls. Comme quoi le cancer est toujours tout près malheureusement.

L’inquiétude pour les enfants, après celle de la mort, est celle de l’éventuelle perte de cheveux. Je les rassure en leur disant que ce n’est pas grave, les cheveux repoussent et qu’en attendant, j’aurai une belle perruque. Ma fille est amusée et on imagine la perruque qui m’irait le mieux. Mais mon cadet est inquiet, je le vois et il ne préférerait pas que je les perde. Il ne veut pas que je sois chauve. Mon ado, lui reste presque silencieux. Il digère l’annonce lui aussi. L’attente nous le dira mais cette inquiétude capillaire est aussi la mienne..

L’annonce auprès de l’entourage a été parfois chaotique.

Mon mari, mes parents et la famille très proche ont été mis au courant au fur et à mesure des examens mais pour les autres et à chaque fois que la maladie doit être évoquée, les palpitations arrivent, comme si j’étais gênée de le dire comme si j’avais honte ! Ma bouche devient sèche, je bafouille.

Je ne pense pas me tromper en disant qu’il est très difficile de dire qu’on est atteint d’un cancer. On a déjà du mal à l’accepter mais en plus, on redoute la réaction des autres.

Même si on trouve les mots et la force, le cancer est tabou auprès des personnes qui ne l’ont pas connu directement. Il fait peur et ça, on le ressent et on se demande qui va pouvoir nous soutenir, nous écouter, nous changer les idées ou à qui on va bien pouvoir se confier.

Pour les plus compatissants, voir les larmes arriver dans leurs yeux est aussi culpabilisant mais en les sentant touchés, on se sent un peu aimé, c’est dur à dire mais c’est comme ça.

Une connaissance masculine : “Tu as un cancer du sein ?” .
Et au passage le regard se dirige vers ma poitrine. Je me sens scrutée, mal à l’aise.

Moi : “Non du SANg, des globules blancs : les lymphocytes, …” J’explique un peu comme pour me justifier.

La connaissance : “Ah bon, je ne connais pas. C’est bien, tu n’es pas obligée de te faire retirer un sein”.

Oui, c’est certain. C’est juste un petit lymphome, je dois m’estimer contente ? Mais ce qu’ils ne savent pas et moi non plus, pas encore, c’est que la chirurgie et les traitements sont aussi traumatisants et ils ne vont pas être sans conséquences.

Ce ne sont que des phrases isolées mais mises bout à bout, elles font mal et ce sont celles qui sont restées le plus.

La maladresse, le réconfort que pensent apporter certaines personnes bien attentionnées peuvent faire mal. J’aurai eu besoin d’un peu plus d’empathie, de reconnaissance, d’écoute. 

Les “je suis désolé(e)”, “je suis là”, “dis-moi si tu as besoin, je viendrai” ou une demande d’explications, un petit câlin ont été plus adéquats que d’essayer de comparer.

Ce que je vis n’est pas plus ou moins qu’autre chose ou que quelqu’un d’autre. Je suis moi, les autres sont eux et la personne qui compare sans être concernée, se trompe forcément. Tant qu’on n’a pas vécu cette annonce, sentir sa vie, son avenir s’effondrer sous ses pieds, on ne peut pas en parler.

Petit conseil aux proches des malades :

S’il vous plaît, ne comparez pas, essayez de comprendre, écoutez, suivez les traitements et soyez présents. Merci pour eux.